Lieutenant Colonel "X"

Avec Jacques LEGER

Lieutenant Colonel « X »

Avant-Propos

Le but de ce livre est d’offrir à son lecteur un cliché pris sur le vif de ce qu’est un service secret occidental en 2013. Cette manière anonyme d’aborder un tel sujet, généralement fort délicat à traiter sitôt que l’on parle d’un pays en particulier, a permis à son auteur de présenter pour la première fois à peu près tous les faits, méthodes et missions particulières des services secrets modernes qui étaient peu connus ou méconnus du grand public jusqu’alors. L’accent est donc mis sur la mission d’intelligence domestique (ou sécurité intérieure), au détriment de celle de l’espionnage en direction des pays étrangers, puisque cet autre sujet spécifique est régulièrement présenté au public par de nombreux auteurs.

Cette présentation insiste également sur le quotidien d’un service secret et de ses personnels et agents, chaque fois que l’auteur a jugé que cela intéresserait le lecteur non-initié. L’approche sociologique du service secret occidental « typique » y est donc très présente.

Les explications, lorsque très techniques, sont enrichies d’exemples et de courts récits de missions et d’opérations qui se sont réellement produites, ou qui sont fortement inspirées de missions ayant réellement existé durant les vingt dernières années. Des références et des notes historiques et techniques ont ponctuellement été ajoutées chaque fois que cela fut jugé nécessaire, en particulier à l’attention du lecteur qui ne peut avoir connaissance de certains faits communs aux univers très particuliers du contre-espionnage, de l’influence et de la contre-influence, et de la sécurité intérieure en général. Les contextes politiques des faits et anecdotes rapportés sont également indiqués chaque fois cela est nécessaire à leur bonne compréhension.

Les noms des intervenants, ainsi que les endroits où les missions citées en exemples se sont produites, ne sont que rarement mentionnés, aux seuls motifs de leurs actualités et de la préservation de l’anonymat des personnes qui y ont été impliquées, activement ou passivement.

Cette description s’achève sur une critique personnelle de l’auteur concernant les évolutions et nouvelles missions des services secrets depuis la fin de la Guerre froide.

Ce livre n’est pas le fruit d’une investigation de type journalistique ; il a été établi sur la base d’une connaissance pratique vécue de son auteur, dans une large mesure, laquelle couvre les trente dernières années précédant l’année 2013.

L’espionnage aujourd’hui n’est pas seulement une profession, mais, comme la plupart des professions, celle-ci a pris les apparences d’une discipline, avec une méthodologie, un vocabulaire, un ensemble de théories et même une doctrine, une collection de techniques élaborées et une large foule d’adeptes. Cette discipline présente la particularité de s’articuler autour du secret, au point que ce dernier est lui-même le thème d’un « rituel » qui l’emporte sur les motivations d’ordre politique. C’est ce rituel qui permet de définir qui fait partie du groupe des initiés, auxquels « on fait confiance », et qui en est exclu — autrement dit, qui détient un pouvoir et qui n’en a aucun, puisque le secret est le pouvoir.

Concernant les termes de la profession de l’espionnage employés dans ce livre, quelques-uns de ceux-ci ne prétendent pas être exacts du point de vue des services secrets de chaque pays. C’est tout spécialement le cas du mot « agent », qui peut avoir une signification fort différente d’un pays à l’autre. Par exemple : le FBI a des employés salariés à temps plein qui sont officiellement ses agents, tandis que la CIA, le SVR, la DGSE ou le MI6 recrutent des « agents » qui ne sont pas leurs employés au sens formel de ce dernier terme, mais bien des correspondants réguliers clandestins dont ils peuvent nier la collaboration à tout moment. C’est cette seconde définition qui a été adoptée dans cet ouvrage, ce qui a contraint l’auteur à nommer « employés » tous les personnels travaillant à temps plein pour les services secrets, et qui ont couramment accès à de la documentation confidentielle, propriété d’un État.

En raison du même problème, quelques autres définitions ont été arbitrairement choisies une bonne fois pour toutes pour chaque collaborateur officiel ou clandestin, et parfois aussi au moment de nommer des services et départements que l’on rencontre ordinairement dans à peu près tous les services secrets occidentaux actuels sous des noms différents. Le lecteur, professionnel du renseignement, saura les substituer à celles employées dans son pays.

Janvier 2013