Notes

[1] « If you think about spies in most of the 180 or so countries in the world, it’s an internal police force used against its own
people to keep someone in power. » – Admiral Mike McConnell – 2008.
[2] Le terme realpolitik vient d’une conception allemande de la politique appelée « politique réaliste ». Cette expression fut appliquée
pour la première fois à l’attitude d’Otto Von Bismarck qui suivait la trace de Klemens von Metternich dans la recherche diplomatique
d’un équilibre pacifique entre empires européens ; puis son usage fut relancé, un siècle plus tard, par l’ancien conseiller spécial à la
Maison Blanche, Henry Kissinger, par ailleurs historien spécialiste de la diplomatie et des relations internationales et admirateur de
Metternich. Les origines de la realpolitik peuvent être recherchées chez Nicolas Machiavel, qui, dans son célèbre ouvrage Le Prince,
publié en 1532, établit que le seul but d’un dirigeant politique devait être la recherche du pouvoir (la visée réelle), les questions religieuses
et morales n’étant qu’alibis (ou visées formelles) fournis au peuple. Le cardinal de Richelieu appliqua les théories de la realpolitik lors
de la Guerre de Trente Ans, à laquelle il donna le nom francisé de raison d’État. Mais, peut-être mieux que Machiavel sut le faire, le
sociologue américain et partisan républicain conservateur James Burnham résuma pleinement et exactement les implications de la
realpolitik dans un remarquable essai titré, The Machiavelians, publié en 1943 : ouvrage formateur que tous les cadres du Département
d’État et des services secrets américains furent invités à lire à partir des années 1950.
[3] Intelligence domestique est une traduction de l’anglicisme « domestic intelligence », couramment employé par les professionnels
des services secrets dans tous les pays où l’anglais est la langue dominante. Dans les pays où l’on parle français, on lui a longtemps
préféré le terme « sécurité intérieure ».
[4] Le sens donné à l’expression « stabilité économique » peut être très différent d’un pays à l’autre ; il dépend des options politiques et
économiques choisies par l’élite dirigeante pour la nation, ainsi que de perceptions d’ordre culturelle sur le long terme.
[5] Ce contrôle est très ancien dans la plupart des pays européens, puisqu’il fut formalisé par l’accession à la noblesse, elle-même
réglée par un système honorifique et hiérarchique d’attribution de pouvoirs (de chevalier à duc). Pour ce qui concerne l’ère postmonarchique
des sociétés, il a été le mieux expliqué et justifié sous les angles sociaux, politiques et économiques par les sociologues
Vilfredo Pareto (Traité de sociologie générale) et Gaetano Mosca (Eléments de science politique). Le contrôle de la circulation des
élites n’est apparu aux États-Unis que vers 1915-1917, après qu’il fut constaté qu’un individu pouvait, à lui seul, prendre des décisions
ayant des répercussions importantes sur l’évolution de l’économie à l’échelle de tout le pays (cas de John D. Rockefeller, en particulier).
[6] Exemples : introduction d’une bactérie dans une denrée alimentaire, pollution d’une station de distribution d’eau potable, introduction
de virus informatiques ou de logiciels d’espionnage, dissémination d’informations erronées visant à pousser une entreprise à commettre
une erreur, etc.
[7] Concernant les missions de surveillance des télécommunications et des signaux radioélectriques, le lecteur désireux d’en savoir plus
sur ce sujet est invité à consulter Wikipedia, en utilisant les mots clef « COMINT » et « SIGINT ».
[8] Typiquement, un analyste des services secrets lit une centaine de pages de texte (A4) quotidiennement, à partir desquelles il rédige
une note de synthèse qu’il remet à son chef analyste.
[9] Les services secrets utilisent fréquemment le mot « collection » lorsque parlant spécifiquement de la « collecte d’informations »
ouvertes et fermées, plutôt que « renseignement » ou « espionnage ».
[10] Les services secrets parlent d’« informations ouvertes » lorsque faisant allusion à des informations susceptibles d’être
intéressantes, cependant publiquement et librement diffusées. Ils parlent d’« informations fermées » lorsque s’agissant d’informations
confidentielles ou classifiées, c’est-à-dire censées être secrètes (et qui ont donc dû être volées par un agent ou grâce à l’emploi d’un
moyen technique). Ils parlent également d’informations « blanches », « grises » et « noires », c’est-à-dire de publiques à confidentielles
respectivement, avec un niveau intermédiaire (gris) pour les informations qui ne sont pas « hautement confidentielles » mais qui ne sont
pas non plus censées être colportées partout (par exemple, les notes internes d’une entreprise relèvent de l’information grise, tant que
cette dernière ne souhaite pas que des individus autres que les membres de son personnel puisse y avoir accès).
[11] Carl Von Clausewitz, De la Guerre, 1832.
[12] La création de faux mouvements contestataires fut une invention du ministre de la police français sous le 1
er Empire, Joseph
Fouché, qui en eut l’idée pour attirer et mettre hors d’état de nuire des groupuscules de conspirateurs divers qui projetaient d’assassiner
Napoléon Bonaparte. L’idée fut, par la suite, étendue à la création de véritables partis politiques devant demeurer sous le contrôle discret
de l’État, par l’intermédiaire d’unités spéciales de la police et des services secrets, afin de prévenir l’émergence de vrais partis politiques
indépendants et incontrôlables ou qui peuvent être créés par des services secrets étrangers.
[13] Les services secrets emploient le mot cible pour désigner l’objectif visé par une mission, lequel peut-être, indifférement, un pays,
une admninistration ou une entreprise, un individu. L’usage du mot cible, lorsqu’il désigne un individu, permet de déshumaniser celui-ci, et
ainsi de faciliter la tâche des employés et agents chargés de lui nuire. Aussi, l’anonymat du mot cible permet de ne pas nommer un
individu par son nom, ce qui est parfois nécessaire lorsqu’il est préférable que des employés ou des agents des services secrets n’en
aient pas connaissance.
[14] Ce type d’opérations est couramment appelée « exfiltration » par les services secrets et unités d’élite concernées.
[15] En l’an 2000, la diplomatie américaine a adressé un avertissement à l’un de ses alliés, demandant à celui-ci de bien vouloir cesser
d’envoyer des espions sur son territoire, ou, à tout le moins (sans humour) d’en diminuer le nombre. Un grand nombre de ces espions
envoyés aux États-Unis depuis un pays étranger transitent par le Canada, et utilisent régulièrement ce pays comme « base avancée » ou
de « retraite » rapide et discrète. D’une manière générale, le Canada — la province du Québec en particulier — est depuis fort
longtemps une véritable « plaque tournante » de l’espionnage dirigée contre les États-Unis, et on y trouve des espions de plusieurs
nationalités, à l’image de ce que fut l’Autriche durant la Guerre froide, et aussi beaucoup de déserteurs de l’armée américaine. Il en
résulte que le contre-espionnage américain est également très actif dans cette région du monde. Un pays occidental officiellement allié
des États-Unis a même installé une station d’espionnage radioélectrique (télécommunications, COMINT) dirigée contre les États-Unis à
Saint-Barthélemy, dans les îles Caraïbes.
[16] L’origine du mot « taupe » dans l’espionnage est russe. Il désigne familièrement un traître au sein du personnel d’un service secret.
Ils’agit d’une métaphore qui doit au fait que la taupe vit cachée sous terre, où elle creuse des galeries qui empêchent quiconque de savoir
exactement où elle se trouve, ce qui lui permet de ponctuellement sortir de sous la terre, généralement là où on ne l’attend pas.
[17] Dans beaucoup de services secrets existe une véritable peur du service de sécurité intérieure (ou de son équivalent), et leurs
employés redoutent d’être un jour soupçonnés à tort d’avoir livré des informations à l’ennemi. Une anecdote, vieille de quelques années,
rapporte que les employés du quartier général de la CIA, à Langley, dans l’État de Virginie, s’abstenaient de prendre les quelques
piécettes rendues et oubliées dans les distributeurs automatiques de boissons, par peur d’être pris en flagrant délit de mensonge au test
polygraphe (détecteur de mensonges) au moment de répondre à la question « avez-vous volé quelque choses durant les derniers
mois ? ». C’est pourquoi on trouvait fréquemment de petits tas de pièces de monnaie abandonnées en haut de ces distributeurs.
[18] Les services secrets parlent de couverture (ou d’activité de couverture) pour désigner une activité officielle plausible devant
cacher la pratique d’activités secrètes et/ou illégales. La couverture de l’agent ou de l’employé des services secrets est la prétention
d’une profession quelconque entretenant quelque rapport avec la véritable spécialité clandestine de celui-ci. Exemple : un psychiatre des
services secrets aura un cabinet de psychiatrie, et il devra se débrouiller pour avoir quelques clients réguliers ; l’agent du contreespionnage
aura un authentique emploi d’officier de police, assorti d’une autonomie assez large pour pouvoir se consacrer à ses
véritables occupations ; un chef analyste sera salarié par une université, où il fera un peu de présence ponctuelle ; un analyste travaillera
pour une petite organisation non-gouvernementale spécialisée en géopolitique, stratégie, géo-économie, etc.
[19] Dans de grandes villes de quelques pays, il existe également des « mini quartiers » secrets où sont logés des employés des services
secrets ; ceci permet de faciliter leurs sécurité et surveillance, et bien sûr d’en alléger considérablement les coûts. Il est possible que le
village de la célèbre série télévisée britannique, Le Prisonnier, ait été inspiré d’un de ces authentiques villages des services secrets.
Dans un pays d’Europe de l’Ouest où les services secrets ont converti une base militaire souterraine proche de la capitale en grand
centre de surveillance de l’Internet, toutes les maisons particulières quise trouvent autour, ou presque, servent au logement des employés
et même d’annexes opérationnelles.
[20] On remarque tout de même que, dans la plupart de ces communautés du renseignement, il y a toujours un service « leader » ou
« maître », et que celui-ci est presque toujours le « service secret » au sens populaire du terme, c’est-à-dire celui qui est chargé de la
mission d’espionnage à l’extérieur des frontières, en principal : la CIA aux États-Unis, le KGB, puis le SVR en Russie, le MI6 en
Angleterre, la DGSE en France…
[21] Le ministre de l’armement de l’Allemagne nazie, Albert Speer, a donné, dans ses mémoires qu’il écrivit plus tard en prison, de
telles proportions concernant l’Allemagne (nazi et avant cette période), la Russie et l’Angleterre (Albert Speer, Au Cœur du III
e Reich).
[22] L’International Journal of Intelligence and Counterintelligence est une revue indépendante sérieuse, professionnelle et
respectée du monde du renseignement. Elle existe maintenant depuis de nombreuses années, et est éditée par l’éditeur britannique
Taylor & Francis Group.
[23] Le recrutement sous un faux drapeau (les services secrets utilisent également l’anglicisme false flag recruitment) désigne une
tromperie qui prend place au moment du recrutement de l’agent, laquelle consiste de la part de son recruteur à se faire passer pour ce
qu’il n’est pas, et, plus précisément, à se présenter comme un espion au service d’un autre pays que celui qui l’emploie. Par exemple, un
recruteur des services secrets français prétend recruter au nom des services secrets israéliens, d’une organisation terroriste, d’une
puissante entreprise privée, voire d’une organisation mafieuse. Cette technique, très courante, permet de mieux égarer la recrue, en
prévision du moment où on n’aura plus besoin d’elle, et où celle-ci pourra alors réagir en cherchant à exposer publiquement ceux qui l’on
recruté, soit comme l’expression d’une forme de représailles, soit dans l’espoir d’en tirer une reconnaissance ou une récompense
quelconque « pour services rendus ». Le recrutement sous un faux drapeau est également utilisé pour tromper une recrue dont on sait
qu’elle a des sympathies, par exemple, pour un certain pays ; le recruteur se présente alors comme un agent secret de ce pays, ce qui
facilite beaucoup les relations et stimule la recrue dans son travail.
[24] Couramment, les informations grises sont des documents internes à des entreprises privées ou à des services d’État, tels que des
ministères, des services de police et l’armée. Un manuel d’utilisation d’un nouveau matériel militaire, par exemple, est une information
grise.
[25] Un programme informatique (logiciel) peut également être assimilé à une information solide.
[26] Pour ce qui concerne les photos prises par satellite, il existe un autre analyste qui a appris à identifier des formes aux contours
souvent imprécis (shelters à munitions, types d’avions, véhicules, etc.) et à les différencier (si possible) de leurres.
[27] Les services d’analyse des services secrets utilisent à peu près tous une grille d’évaluation de la qualité des informations qu’ils
reçoivent. Une note alphanumérique pour chaque information importante que l’analyste reçoit est évaluée selon deux critères exprimant
chacun une valeur (de A à F et de 1 à 6) : respectivement, la qualité de l’information (photo, document officiel, propos tenu par
fonctionnaire ou quelqu’un d’autre, etc.), et la fiabilité de celui qui a rapporté cette information (source).
[28] La formulation de ce genre d’avis doit être indiquée selon un indice ou degré de probabilité, tel que « certain », « très
vraisemblable », « vraisemblable », « peu vraisemblable », « impossible ».
[29] L’accès à la connaissance dans les services secrets est strictement codifié et réglementé, et on y parle de « besoin d’en s’avoir ».
Ainsi un agent, un employé, un chef, jusqu’au directeur lui-même, ne doit savoir des activités des services secrets que ce qui est
indispensable à l’accomplissement des tâches qu’on lui confie, à sa mission, à son rôle ; rien de plus. Il en est ainsi dans tous les services
secrets du monde ; à la CIA et au FBI, on parle de « need to know ».
[30] Au sein des services secrets d’un pays qui est officieusement sous le contrôle d’un autre, plus puissant, un surveillant, agent du
service secret étranger, a été placé dans chacun de ses départements. La présence de ces « observateurs permanents » y a été
officialisée sous le prétexte de la nécessité qu’un « candide » (c’est le terme exact qui est effectivement employé, par exemple, dans un
service secret européen) puisse « témoigner auprès d’un comité de coordination et de contrôle du bon fonctionnement de la
communauté du renseignement ». Dans ce cas, le parfait cloisonnement n’existe évidemment plus. Dans certains services secrets, le
lecteur ne manquera sans doute pas de s’en étonner, ce candide est plutôt nommé « responsable syndical », ce qui lui fournit alors un
prétexte valable pour rencontrer physiquement tous les personnels d’un service, et surveiller leurs activités pour le compte des services
secrets du pays maître. Dans de tels cas, un antagonisme s’installe bien vite entre le chef de service et le « candide, ou délégué
syndical », exactement comme dans une entrprise privée. Ce système a été imaginé par les Russes à l’époque de la Guerre froide, pour
contrôler (entre autres cas, tels que les services de police ordinaire, l’armée et les entrprises du secteur de la défense) les services
secrets des pays satellites.
[31] Au moins un service secret occidental considère, en effet, que ses agents et officiers traitants sont leurs mercenaires ; c’est
exactement le terme qui est officieusement et couramment employé. Cette perception du collaborateur extérieur par les services secret
se base sur la description du mercenaire et de l’usage qui doit en être fait selon Machiavel dans Le Prince — le mercenaire ne mérite
aucune considération ; il est un « consommable » dont on est amené à se débarasser après usage.
[32] Au lecteur qui souhaiterait accéder à un développement de ce point, on peut recommander, tout particulièrement, la lecture
d’ouvrages tels que Fallen Soldiers. Reshaping the Memory of the World Wars , 1990, par l’historien George L. Mosse ; Réflexions
sur la violence (sec. éd. 1919), par George Eugène Sorel.
[33] Il est ici fait allusion, tout particulièrement, à La Guerre du Péloponnèse, par Thucydide (460 à 400 env. avant J.-C.).
[34] Le Testament politique de Frédéric II de Prusse, ouvrage long de 250 pages environ, est encore actuellement particulièrement
difficile à se procurer, car, dans pratiquement tous les pays, aucun éditeur ne le réédite. Ce livre est généralement censuré au prétexte
d’un paragraphe jugé antisémite, mais ce n’est pas ce qui dérange réellement ses censeurs. Frédéric II avait rédigé ce Testament
comme un document secret réservé à l’attention exclusive de ses successeurs ; ceux qui suivent ses conseils aujourd’hui le considèrent
comme une lecture complémentaire aux œuvres de Machiavel.
[35] Dans le cas des personnels officiellement employés par l’armée ou par des entreprises « privées » produisant du matériel militaire
ou assimilé (aéronautique), il est possible de leur faire signer un document administratif les engageant à ne pas révéler des informations
officiellement classifiées par l’État (confidentiel-défense, secret, très-secret, top secret, etc.). Dans ce cas, la divulgation de secrets
relève du droit pénal, et peut donner lieu à une peine d’emprisonnement.
[36] Le coupable de la divulgation du secret pourra toutefois être jugé par un tribunal militaire s’il est officiellement un militaire, mais ce
jugement et la peine correspondante ne seront pas rendus publics, puisqu’ils’agit d’une procédure interne à l’armée.
[37] L’adhésion à la foi catholique posa de sérieuses difficultés à l’ex-directeur de la CIA, William Colby (1920-1996), au point que
quelques historiens et journalistes qui jugent suspectes les circonstances de son décès l’attribuent en partie à cette croyance spécifique.
Citons, à cet égard, cette anecdote disant qu’Henry Kissinger, conseiller spécial à la Maison Blanche sous le mandat présidentiel de
Richard Nixon, a un jour flagorné de manière ambigüe William Colby alors que ce dernier se rendait à une convocation du président, en
lui disant : « Alors, on va à confesse ! ». On relèvera le cas très similaire, avec les mêmes suspicions, de John Fitzgerald Kennedy qui fut
le premier et le dernier président américain de confession catholique.
[38] A l’occasion d’une interview qu’il accorda à la chaîne de télévision française Canal+, l’ex-directeur de département des services
secrets français, Maurice Dufresse, qui écrivit sous le nom de plume de Pierre Siramy, 25 ans dans les services secrets, compara la
DGSE à « une petite Corée du Nord ».
[39] On peut voir une représentation fictionnelle et métaphorique de ce fait dans le film fantastique The Matrix (1999), réalisé par les
frères Andy et Lana Wachowski. La distorsion des réalités, ainsi que l’état d’appauvrissement matériel dans lesquels est placé le
personnage central du film, « Neo », correspondent assez bien, toujours d’un point de vue évidemment métaphorique, à ce qu’est la vie
d’un agent secret des temps modernes. Car il n’est pas rare, en effet, que comme on le fait pour « Neo » dans The Matrix, les services
secrets fassent croire à une recrue qu’elle est un « élu » en attente de son « état de grâce » (une énorme promotion qu’on lui laisse
entièrement imaginer, puisque rien de concret ne lui est promis) ; c’est, dans ce cas, la « carotte » que l’on agite devant elle pour la faire
avancer et accepter le pénible quotidien de sa « nouvelle vie ». Certains services secrets présentent leurs recrutements comme des
épreuves initiatiques, lesquels sont dans ce cas inspirées de contes et légendes, tels que, par exemple, la Divine Comédie de Dante, avec
un début qui est l’« enfer », puis un « purgatoire » (guère mieux que l’enfer dans les faits) et enfin un « paradis » dont la recrue doit
ignorer qu’il sera plus réel que métaphorique, puisque l’accès supposé à celui-ci sera sa mort. On remarque, avec ce dernier exemple, la
grande similitude avec le paradis musulman promis aux terroristes islamistes en échange de leurs dévouements et sacrifices.
[40] Les services secrets des pays anglo-saxons parlent de « denial of self-fulfillment », que l’on pourrait traduire par « déni du droit
d’une personne à faire ce qu’elle veut de sa vie ».
[41] Un de ces suicides collectifs japonais fut filmé de loin par des troupes américaines sur une île du pacifique qu’elles étaient en train
de prendre d’assaut. On y voit, en effet, une foule d’hommes de femmes et d’enfants qui se jette délibérément du haut d’une falaise
abrupte, dans les rochers quelques mètres plus bas, où de nombreux corps gisant ensanglantés se sont déjà accumulés.
[42] Le lieutenant Iroo Onoda, né en 1922, est toujours vivant en ce début d’année 2013. Il a écrit un livre dans lequel il raconte
comment il survécut durant 30 années, isolé en pleine jungle, et pourquoi il avait refusé de se rendre durant si longtemps (Iroo Onoda ;
No Surrender : My Thirty-year War, Naval Institute Press, 1999, première publication en 1976).
[43] Les services secrets de plusieurs pays utilisent le mot légende pour nommer une biographie falsifiée d’agent secret, devant étayer
l’activité de couverture que l’on choisira pour lui. Comme une partie plus ou moins importante de ces biographies doit être fausse, les
points falsifiés doivent être difficiles à contester. Typiquement, et entre autres exemples, la fausse biographie peut faire mention d’un
diplôme ou de publications d’articles concernant des spécialités particulièrement rares que ne maîtrise qu’une infime partie de la
population universitaire ; ou elle peut faire mention de postes fictifs occupés dans des entreprises complices des services secrets. Il n’est
pas si rare qu’une université, même prestigieuse et fort connue, délivre un diplôme à un agent qui n’y a fait qu’un court séjour, juste pour
pouvoir en parler en cas de tentative de vérification ultérieure. Et la falsification de ce genre peut aller très loin, ainsi qu’en témoigne ce
cas authentique d’un agent d’une grande puissance occidentale qui, grâce à un faux diplôme délivré dans les conditions évoquées cidessus,
a obtenu un poste d’enseignant dans une université d’un pays du Nord de l’Europe ; ce agent avait, heureusement pour lui, un
peu potassé son sujet.
[44] Ce fait a récemment été évoqué par un ex-directeur de département des services secrets français, Maurice Dufresse, qui écrit
sous le nom de plume de « Pierre Siramy », dans son livre 25 ans dans les services secrets, Flammarion éd., 2010.
[45] Un concours de circonstances, purement fortuit et sans rapport aucun avec le sujet des services secrets, a produit une réplique
visible exacte de la manière dont se comportent ordinairement les services secrets avec leurs agents, sous la forme des spots télévisés
d’une campagne de publicité, aux États-Unis, pour la marque de dentifrice Crest, titrée « You can say anything with a smile » (Vous
pouvez tout dire avec le sourire). Cette campagne fut accueillie par le public avec une certaine réserve, on peut comprendre pourquoi.
Il est encore possible de trouver des vidéos des spots de cette campagne sur Internet, en tapant son titre et le nom de cette marque de
dentifrice.
[46] Des récits anciens datant de plusieurs siècles rapportent qu’il fut un temps dans les usages en Chine où les envoyés diplomatiques
devaient mimer les joie, colère, indignation et toutes autres expressions faciales et corporelles des seigneurs qui les envoyaient, au
moment de délivrer leur messages.
[47] Le syndrome de Stockholm désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une
empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers. L’expression « syndrome de Stockholm » a été inventée
par le psychiatre Nils Bejerot en 1973. Ce comportement paradoxal des victimes de prises d’otages fut décrit pour la première fois en
1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait-divers qui eut lieu en cette même ville (Extrait : Wikipedia,
Syndrome de Stockholm).
[48] Il y a quelques années, une des jeunes étudiantes qui ont suivi le même parcours, surdouée elle aussi, disparut sans laisser de
traces en rentrant un soir chez elle, en plein milieu de la capitale étrangère où elle était allée faire ses études. Les caméras de
vidéosurveillance placées dans quelques artères de cette ville ont montré des vues de cette jeune fille, marchant à pied, seule, jusqu’à peu
près à mi-chemin de son parcours alors qu’elle semblait effectivement se rendre à son logement. Aucun corps pouvant correspondre à
celui de cette jeune fille n’a jamais été retrouvé ; il n’y eut aucun témoignage de quoi que ce soit qui aurait pu sembler anormal la
concernant.
[49] On peut trouver un témoignage éloquent des règles particulières de la promotion au sein des services secrets rapporté par Claude
Silberzahn, directeur des services secrets français (DGSE) de 1989 à 1993. « …grande fut ma stupéfaction de m’entendre dire :
“Monsieur le Directeur général, ça ne sert à rien que vous donniez ce plus au commandant X, mieux vaut le donner au commandant Y
auquel ça profitera. Tandis qu’à X, qui est sans doute très bon ici et bien meilleur qu’Y, ça ne servira à rien… Il ne sera jamais colonel,
de toute façon !” Incroyable ! A trente ou trente cinq ans, un officier est sur la bonne trajectoire ou n’existe déjà plus. Les dés
en sont jetés. S’il n’est pas passé par le cursus imposé, s’il n’a pas intégré l’École de guerre au moment ou il le fallait, c’en est
fini de sa carrière. » Claude Silberzahn, Au Cœur du Secret, p. 51 Fayard éd. 1995.
[50] Le romancier britannique Graham Green choisit pour titre d’un roman d’espionnage qu’il publia en 1978, Le Facteur humain (The
Human Factor) ; ce choix n’a rien d’un hasard puisqu’il fut réellement employé par les services secrets de son pays, le MI6.
[51] Les psychologues, en particulier, ne sont pas cités ici, car un nombre important d’employés et de collaborateurs non-contractuels
des services secrets ont un diplôme de psychologie ou ont suivi des études de psychologie.
[52] C’est aussi pourquoi un « courage exceptionnel » n’est pas une qualité attendue chez la recrue des services secrets, contrairement
à ce que le grand public croit ; bien au contraire. Les services secrets redoutent ceux « qui n’ont peur de rien », puisqu’ils doivent
nécessairement avoir peur de la sanction pour être opérationnels. L’ancien cadre des services secrets français et coordinateur de ceuxci
durant la période de la Guerre d’Algérie, Constantin Melnik, dit que « le courage n’est pas une vertu, mais une caractéristique
physiologique médicalement explicable ». Relire à ce propos l’extrait du Testament politique de Frédéric II de Prusse, reproduit au
chapitre titré La vie de « l’employé » des services, qui explique que c’est par le recours à la peur, au contraire, qu’il est possible de
contraindre des hommes à aller afronter un danger.
[53] L’apparition du trouble psychologique n’est pas le seul mal que les services secrets redoutent chez leurs employés ; il y a aussi les
affections et maladies psychosomatiques dues au stress, telles que les maladies cardiovasculaires, les ulcères, les affaiblissements et
dérèglements du système immunitaire et ses suites. Accessoirement, et qui préoccupent moins les services médicaux des services
secrets, un nombre anormalement élevé de ses employés contractent : des affections cutanées (herpès, eczéma, etc.), asthme,
allergies… Ce fait justifie en grande partie les visites médicales régulières et très complètes auxquelles doivent se soumettre les
employés de nombreux services secrets (tous les 1 à 2 ans, en moyenne).
[54] La dissonance cognitive est un concept de psychologie élaboré par Léon Festinger et présenté dans le livre L’Échec d’une
prophétie, publié en 1956 en collaboration avec Henry Riecken et Stanley Schachter. Selon cette théorie, l’individu en présence de
cognitions (« connaissances, opinions ou croyances sur l’environnement, sur soi ou sur son propre comportement ») incompatibles entre
elles, éprouve un état de tension désagréable : c’est l’état de « dissonance cognitive ». Dès lors, cet individu mettra en œuvre des
stratégies inconscientes visant à restaurer un équilibre cognitif. Ces stratégies sont appelées « modes de réduction de la dissonance
cognitive ». L’une des stratégies pour réduire la dissonance cognitive consiste à modifier ses croyances, attitudes et connaissance pour
les accorder avec la nouvelle cognition ; elle est appelée « processus de rationalisation ». Source et extrait de Wikipedia, Dissonnance
cognitive. Les cas de disonnance congitive sont relativement fréquents chez les agents qui doivent mener une double vie et faire
cohabiter dans leurs esprits deux échelles de valeurs, mais le contexte très particulier dans lequel ils se produisent mêne souvent à une
dépression — chez les agents femmes en particulier. Il est plus fréquent encore chez les agents doubles, et il est souvent suivi ou
précédé, dans ce cas particulier, d’alcoolisme.
[55] Le syndrome d’épuisement professionnel est une maladie caractérisée par un ensemble de signes, de symptômes et de
modifications du comportement en milieu professionnel. Des modifications morphologiques, fonctionnelles ou biochimiques de l’organisme
du sujet atteint sont observées dans certains cas. Le diagnostic de cet état de fatigue classe cette maladie dans la catégorie des risques
psychosociaux professionnels et comme étant consécutive à l’exposition à un stress permanent et prolongé. Source et extrait de
Wikipedia, Syndrome d’épuisement professionnel.
[56] Selon les théories psychanalytiques, le comportement passif-agressif peut être un mécanisme de défense qui, le plus souvent,
n’est que partiellement conscient. Une personnalité passive-agressive n’exprime extérieurement son agressivité qu’à travers une façade
passive. Par exemple, ce type de personnalités exprime la colère principalement de manière subtile, par des insinuations ou des
comportements non-verbaux, souvent niés si ces comportements sont explicités par le sujet qui les subit. L’expression passif-agressif
peut s’appliquer à une attitude en particulier ou une personnalité en général. Elle désigne un comportement passif d’obstructionnisme, de
résistance ou d’évitement dans les relations interpersonnelles ou les activités. Cette attitude peut se manifester sous forme de
ressentiment, d’entêtement, de procrastination, d’acrimonie, d’échec répété à accomplir une tâche dont la personne est — souvent
explicitement — responsable. Il est spécifiquement décrit par une majorité de psychiatres français comme : un trouble de la
personnalité s’exprimant par une humeur labile, une intolérance aux changements et une difficulté à établir des relations
sociales. Dans une large majorité de cas, le seul traitement offert aux agents ayant un comportement passif-agressif, fréquent dans leur
cas, est une punition (privation progressive de ressources vitales ou/et de petits privilèges) devant les convaincre de se comporter
normalement.
[57] Le service de sécurité intérieure doit être également consulté lors de la manifestation de comportements jugés anormaux ou
inhabituels chez un employé, car ceux-ci accompagnent fréquemment le stress normal suivant un acte de trahison ou une faute grave.
Par exemple, tous les services de contre-espionnage ont remarqué une apparition fréquente de l’alcoolisme suivant un acte de trahison.
L’Histoire des services secrets regorge d’exemples de traîtres et autres « taupes » qui devinrent alcooliques peu après le début de leurs
trahisons.
[58] Le trouble de la personnalité borderline désigne de nombreuses anomalies psychologiques caractérisées par une variabilité des
émotions. La caractéristique la plus importante de ce trouble est l’instabilité importante dans les relations interpersonnelles, dans l’image
et l’identité de soi, dans les émotions et dans l’impulsivité. On trouve aussi une insécurité interne constante et des attitudes de mise à
l’épreuve de l’entourage incessantes. Une de ses modalités défensives est le passage à l’acte comme décharge de l’angoisse. Autrement
dit : la femme ayant une personnalité borderline est souvent « facile » pour un homme, mais une relation amoureuse avec elle peut tout
aussi facilement être suivie de conséquences catastrophiques si cet homme est marié.
[59] La sociopathie, également appelée trouble de la personnalité antisociale, est considérée comme un trouble de la personnalité
dont le critère principal d’identification est la capacité limitée, pour les personnes montrant les symptômes du trouble, à ressentir les
émotions humaines, aussi bien à l’égard d’autrui qu’à leur propre égard. C’est ce qui peut expliquer leur manque d’empathie quand ils
sont confrontés à la souffrance des autres, témoignant d’une incapacité à ressentir l’émotion associée à l’empathie ou la souffrance.
Cependant, les individus atteints de trouble de la personnalité antisociale ont souvent des problèmes avec les figures d’autorité. Source :
Wikipedia ; Personnalité antisociale.
[60] Les micro-expressions sont des expressions faciales extrêmement brèves (de 1/15 à 1/25ème de seconde) et involontaires que le
visage humain exprime en fonction des émotions vécues, ce qui les rendent quasiment indétectables pour une large majorité de
personnes. Les micro-expressions apparaissent généralement lors de situations où les enjeux qui en découlent sont élevés, quand des
personnes ont quelque chose à gagner ou à perdre. À la différence des expressions faciales, il est très difficile de feindre ou d’imiter une
micro-expression. Les micro-expressions expriment, suivant les chercheurs, entre six à dix émotions universelles : le dégoût, la colère, la
peur, la tristesse, la joie, la surprise, voire le mépris. Cependant, pour quelques personnes ayant reçu une formation adaptée, il devient
facile d’identifier les micro-expressions, en visionnant au ralenti une vidéo du visage d’un individu durant une interview ou son
interrogatoire. Tous les services secrets du monde utilisent également cette technique pour analyser les discours et déclarations des
personnalités politiques. Cette technique a été systématiquement utilisée pour analyser les expressions faciales du leader terroriste
islamiste Ossama Bin Laden. Détail qui semblera sans doute amusant au lecteur : les experts et employés des services de contreespionnage,
très au fait du risque de se trahir par les micro-expressions, portent fréquemment la barbe dans ce seul but pour cacher le
bas de leur visage, et non par simple choix personnel. Quelques joueurs de poker professionnels portent aussi la barbe pour les même
raisons (en sus de lunettes noires et casquette ou chapeau), puisque des tests ont démontré qu’ils sont, en moyenne, plus performants que
les agents du contre-espionnage, les policiers et les agents des douanes pour dire si une personne ment ou pas. L’ex-officier de
renseignement britannique, et traitre à son pays en faveur de l’ex-Union Soviétique, Kim Philby, avait une micro-expression qui revenait
presque toujours lorsqu’il mentait : ils’humectait rapidement les lèvres du bout de la langue, une petite fraction de seconde après avoir dit
un mensonge. On ne put le remarquer qu’en visionnant au ralenti un film d’une interview qu’il accorda à la BBC, peu avant qu’il
s’échappe en Union Soviétique.
[61] Si le détecteur de mensonge (ou polygraphe) a largement été popularisé par le cinéma, le voice stress analyzer, ou « appareil de
détection du stress dans la voix », est beaucoup moins connu. Les services de contre-espionnage américains découvrirent cette technique
de détection du mensonge à l’occasion de tentatives d’analyse du spectre de fréquences de la voix, lors d’écoutes téléphoniques. Le
voice stress analyzer a une performance jugée utile sous certaines conditions seulement. Tout comme c’est le cas pour le détecteur de
mensonges classique, le voice stress analyzer n’est pas considéré comme assez fiable dans le but d’obtenir des éléments recevables
devant un tribunal. C’est pourquoi il n’est employé que par quelques services de contre-espionnage pour étayer d’éventuels soupçons à
l’occasion de réponses à des questions précises, et lorsque celui qui est ainsi analysé est en situation de stress.
[62] L’auteur français de romans et d’essais sur le thème de l’espionnage, et historien des services secrets, Gilles Perrault, a écrit un
récit de fiction particulièrement réaliste, titré Dossier 51 (1969), qui décrit avec une grande méticulosité toutes les étapes du recrutement
hostile d’un diplomate par les services secrets, opération durant laquelle les psychiatres occupent un rôle très important et déterminant.
Ce récit a fait l’objet d’une adaptation cinématographique réussie par le réalisateur Michel Deville en 1978.
[63] Les services secrets nomment boîte-au-lettres morte un endroit convenu et secret entre un agent (espion) et un « courrier » du
service secret qui l’a recruté, où peuvent être temporairement cachées toutes sortes de choses : sommes d’argent, documents et autres
messages, matériel spécifique d’espionnage… La cache de cet endroit peut être un trou fait au pied d’un arbre en pleine campagne, une
brique de mur descellée derrière laquelle se trouve une petite cavité, le tube d’une rambarde métallique de pont, etc. Les services secrets
disent qu’une boîte-aux-lettres morte est « chargée » lorsque quelqu’un vient d’y déposer quelque chose. Et dans ce cas, celui qui a
chargé cette boîte le fait savoir au destinataire en plaçant un sticker anodin contre un pied de panneau indicateur routier, ou un poteau
électrique ou de luminaire urbain ; il peut aussi y écrire une marque visible à l’aide d’un feutre-marqueur ou d’une craie. Les deux
correspondants ont préalablement convenu de l’endroit où devait se trouver cet indicateur, et ils passent devant à des dates et selon une
périodicité précises. Un indicateur de « chargement de boîte-aux-lettres morte » tracé à la craie offre l’avantage de disparaître
rapidement sous l’action des intempéries, ce qui n’oblige pas celui qui en est l’auteur à revenir le faire disparaître après que la livraison
soit effectuée. Le système de la boîte-aux-lettres morte a été imaginé pour permettre à deux individus de s’échanger toutes sortes de
choses, sans avoir pour cela à se rencontrer physiquement ni à devoir se connaître.
[64] Parlant d’une photographie prise par satellite, une « résolution de 10 centimètres » signifie que celle-ci peut montrer des détails
ayant 10 centimètres de côté « au plus petit ». Les satellites espions dédiés à la prise de photographie les plus récents et les plus
performants sont capables d’une résolution égale ou légèrement inférieure à 5 centimètres, ce qui ne permet donc pas de les utiliser pour
reconnaître des visages, et moins encore pour lire des plaques d’immatriculation, ainsi que le montrent quelques films d’espionnage.
Lorsque les services secrets veulent atteindre cette dernière performance, ils s’en remettent alors à des hélicoptères équipés de
puissantes caméras ou à de petits drones silencieux (avions et « multi-coptères ») volant à basse altitude. Des années durant, et encore
aujourd’hui, le FBI a régulièrement utilisé de petits avions de tourisme pour effectuer de telles surveillance et reconnaissance, un moyen
qui permet aussi de faire des filatures d’automobiles sur de très longues distances. L’usage de l’hélicoptère pour des filatures est plus
rare, parce que plus coûteux et moins discret.
[65] Collaborer, dans ce contexte, ne doit pas être interprété comme une collaboration active et consciente, mais plus certainement
comme une tromperie quelconque visant à faire croire à un but sans rapport aucun avec la véritable mission en cours. Globalement, dans
le contexte des services secret, une collaboration comprend rarement une réciprocité dans la transmission d’informations.
[66] Un tel appareil peut être librement acheté sur Internet auprès de certains marchands de nos jours.
[67] La certitude qu’ils résonneront ainsi est basée sur les résultats de l’« expérience de Milgram », une expérience de psychologie
réalisée entre 1960 et 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram (1933-1984). Cette expérience cherchait à évaluer le degré
d’obéissance d’un individu devant une autorité qu’il juge légitime, et à analyser le processus de soumission à l’autorité, notamment quand
elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet. Voir Expérience de Milgram sur Wikipedia pour en savoir plus.
[68] FM, pour Frequency Modulation (modulation de fréquence).
[69] Un récepteur radio FM ordinaire, pour l’écoute des stations de radio, couvre une plage de fréquences comprise entre 86, au
minimum, et 109 MHz, au maximum, en moyenne.
[70] Les services secrets utilisent aujourd’hui, et depuis des années, des caméra-espions dont la « lentille » est une fibre optique d’un
diamètre qui peut être très inférieur à 1 millimètre. Ces extrèmités de fibres optiques sont très difficiles à repérer, même lorsqu’installées
en plein milieu d’un mur. On en installe parfois dans la fente d’une vis pour mieux les dissimuler. Les ennemis de ces fibres optiques sont
l’accumulation de poussière, de graisses de cuisine et de nicotine à long terme ; un simple coup d’aérosol quelconque les rend aussitôt
aveugles.
[71] TEMPEST désigne une norme de protection des ordinateurs contre leurs émissions naturelles de signaux radioélectriques (par leur
câblerie, claviers et leurs écrans, principalement), lesquels peuvent être captés grâce à une antenne directionnelle spécifique. Les signaux
radioélectriques reçus sont ensuite interprétés, puis convertis en signaux vidéo à l’aide d’un matériel et d’un logiciel spécifiques, pour être
convenablement affichés sur un écran vidéo. Ceci permet de voir tout ce que fait la personne espionnée avec son ordinateur, sans passer
dans ce cas par Internet et par une backdoor de programme informatique ou un petit programme espion de type « client/serveur ». La
distance depuis laquelle il est possible d’intelligiblement intercepter les signaux émis par un ordinateur situé dans une pièce de maison ou
d’immeuble est très variable. Par exemple, des murs en béton armé filtrent considérablement ces ondes (principe de la cage de
Faraday), et diminuent ainsi de beaucoup la distance depuis laquelle on peut les intercepter intelligiblement. Dans les meilleurs conditions
possibles, et à l’aide d’un matériel d’espionnage performant adapté, l’interception de ces ondes et leur interprétation correcte est possible
dans un rayon de 100 mètres au maximum. C’est pourquoi les services secrets ont fréquemment recours à une astuce qui consiste à
garer régulièrement un véhicule à proximité du lieu où se trouve l’ordinateur à espionner, lequel est équipé d’une antenne de réception
conçue pour capter ces ondes ; ces ondes sont ensuite réexpédiées, grâce à un émetteur radio (qui fait office de relais), à un récepteur
qui peut alors être situé jusqu’à 1500 mètres environ de ce véhicule (en général, mais il possible de les retransmettre à n’importe quelle
distance grace à un émetteur utilisant le réseau des téléphones portables). Ce n’est qu’en aval de ce dernier récepteur que le signal
espionné est finalement converti en signal vidéo intelligible, et affiché sur un écran vidéo (il existe d’autres variantes de cette technique).
On peut trouver dans le commerce des ordinateurs protégés contre leurs émissions naturelles d’ondes moyennant un surcoût relativement
important ; on dit de tels ordinateurs qu’ils sont « protégés à la norme TEMPEST » ou « tempestisés ». Les services secrets tapissent
couramment leurs bureaux à l’aide d’un revêtement similaire à du papier peint de couleur unie, dans lequel est pris en sandwich une
mince feuille de cuivre d’une épaisseur proche de celle du papier d’aluminium ménager, afin d’empêcher les ondes radioélectriques de
passer à travers les murs, et ainsi d’être interceptées par un espion équipé d’un matériel adapté. Cette dernière astuce est une alternative
à l’achat d’un ordinateur tempestisé. Les espions ayant reçu une formation de contre-surveillance TEMPEST utilisent quelques astuces
de fortune, telles qu’enrober littéralement leurs matériels informatiques de papier d’aluminium (mais sans obstruer les ouïes d’aération
pour prévenir les surchauffes), ou tapisser de papier d’aluminium ménager les murs de la pièce où se trouve leur ordinateur. Aussi, ils
n’utilisent jamais la transmission WiFi de leur boîte de réception Internet (quoique ce moyen ne garantie rien, puisque les services secrets
de tous les pays du monde ont un accès courant et légal à une surveillance des lignes Internet et téléphoniques fournies par tous les
opérateurs installés dans leurs pays respectifs, nationaux comme étrangers).
[72] Cependant, les candidatures dans lesquelles apparaissent des références faites à des auteurs de romans d’espionnage tels que
John le Carré ou Vladimir Volkoff recueillent un peu plus d’attention, parce que ceux-ci décrivent toujours un monde de l’espionnage très
proche de ce qu’il est en vérité.
[73] Les services secrets, et, en particulier, leurs services de contre-espionnage offensif, utilisent des méthodes beaucoup plus
subtiles que des candidatures spontanées de leurs agents pour tenter une pénétration d’un service secret étranger. La pénétration d’un
service secret est l’opération jugée à la fois la plus délicate et la plus ambitieuse par tous les services secrets du monde.
[74] Les services secrets de plusieurs pays, y compris occidentaux, commencent couramment des recrutements d’individus âgés de 16
ans au moins. Cependant, il est assez fréquent que des enfants d’employés des services secrets, ou d’agents ou de simples contacts,
âgés de moins de 16 ans, soient impliqués dans des actions de surveillance ou de manipulation ; par exemple, pour approcher une future
recrue, une personne devant être manipulée, ou une autre soupçonnée d’activité d’espionnage, par l’intermédiaire d’un enfant de cet
individu, en utilisant pour ce faire l’innocent prétexte du camarade de classe qui précédera une rencontre normal et logique entre parents.
Cela correspond à la mentalité des services secrets disant que :si tu ne peux pas passer par la porte, passe par la fenêtre. Il ne doit
pas y avoir d’état d’âme par rapport à cela.
[75] Policiers et gendarmes sont plutôt recrutés pour rejoindre un département d’intelligence domestique, de contre-espionnage ou un
service de sécurité intérieure chargé de surveiller les personnels des services secrets.
[76] Tous les services secrets du monde ont leurs unités militaires d’élite « attitrées » : les Navy Seals aux États-Unis, les SAS en
Angleterre, les 1
er RPIMA, 13
e RDP et Commandos marine et de l’air en France, les Spetnaz en Russie, etc.
[77] L’expert russe en relations internationales et conseillé spécial auprès des plus hautes instances politiques soviétiques durant la
Guerre froide, Georgy Arbatov, témoigne de ce fait et en débat en détails dans son essai The System : An Insider’s Life in Soviet
Politics (1993) ; il explique, notamment, qu’un employé d’État ayant une intelligence supérieure à la moyenne était couramment maintenu
« 3, 4, voire 5 rangs de hiérarchie et de responsabilités en dessous de ses capacités » (p. 243).
[78] Le recrutement est, dans une large majorité de cas, la période la plus intense de toute la vie des employés des services secrets et
de ses agents ; sa suite est bien souvent perçue comme une routine.
[79] La recrue ou l’employé des services secrets qui s’enfuit à l’étranger est aussitôt signalée comme un individu dangereux (par ex.:
suspecté d’entretenir des relations avec des organisations terroristes) aux autorités du pays où elle se rend, dans le cadre de la
coopération internationale policière. Ce qui fait qu’elle se trouve à nouveau prise au piège, et n’aura aucune chance de fuir par l’exil, car
les services secrets de tous les pays ne sont généralement pas dupes ; ils agissent de même. Ce procédé est également une manière de
nier officiellement que le fuyard est un agent ou un employé des services secrets, ce que le pays d’accueil se trouve alors obligé
d’accepter du point de vue diplomatique.
[80] C’est une régle pour les services secrets de ne jamais se trouver obligés d’admettre qu’ils sont redevables de quoi que ce soit à un
employé ou un agent.
[81] L’usage du mot masque n’est pas gratuit dans ce contexte, car le masque (africain, de théâtre ou autre) est un symbole récurrent
de la « culture » des services secrets de quelques pays européens. Innocemment utilisé comme ornementation d’intérieur, sa présence ne
sera convenablement interprétée que par les initiés comme une représentation métaphorique de la double vie. À la DGSE, on affectionne
le peintre Modigliani pour les visages de ses personnages qui ressemblent à des masques, et dont les regards sont parfois déshumanisés.
[82] Dans le recrutement par les services secrets, l’analogie avec la toile de l’araignée, comme moyen de capturer une proie, n’est pas
nouvelle, puisque, parmi quelques exemples relativement anciens, le dessin d’une toile d’araignée sert de fond au titre du livre Forces
occultes, publié par le chef des services secrets allemands durant la Première Guerre mondiale, Walter Nicolaï, en 1923 (Geheime
Mächte. Internationale Spionage und ihre Bekämpfung im Weltkrieg und Heute).
[83] L’accusation de paranoïa ou de shyzophrénie et l’une des armes défensives les plus fréquement utilisées par les services secrets.
[84] Ce type de chantages a été fort bien représenté, sous la forme d’une fiction, par le romancier suédois Stieg Larsson dans le
troisième tome de sa trilogie Millénium, La Reine dans le palais des courants d’air (2007).
[85] Alain Dewerpe, Espion : Une anthropologie historique du secret d’État contemporain, NRF – Gallimard éd., 1994.
[86] Ce processus psychologique est remarquablement bien expliqué dans l’essai, The True Believer, par Eric Hoffer, Harper
Perennial Modern Classics éd., 2002 (première publication, 1951).
[87] Alain Dewerpe, Espion : Une anthropologie historique du secret d’État contemporain, NRF – Gallimard éd., 1994.
[88] La fiction a porté ce phénomène psychologique à la connaissance du grand public, de manière imagée et métaphorique, avec le
film fantastique Cube (1997), par le cinéaste Vincenzo Natali, dans lequel les protagonistes révèlent leurs véritables personnalités sous
l’influence de grands dangers et de dures conditions d’existence artificiellement mis en place, à l’image de rats dans une cage de
laboratoire. La conclusion à retenir de ce film est que l’individu le plus apte à la survie est rarement celui auquel on pensait avant
l’épreuve, ce qui correspond bien à la réalité. Le film Les Chiens de paille (1971), avec l’acteur Dustin Hoffman dans le premier rôle,
illustre également ce changement, de manière tout aussi dramatique.
[89] Le béhaviorisme, ou « comportementalisme », est une approche psychologique qui consiste à se concentrer sur le comportement
observable déterminé par l’environnement et l’histoire des interactions de l’individu avec son milieu. Par exemple, l’apprentissage y est
décrit comme une modification du comportement observable, due à la modification de la force avec laquelle une réponse est associée
à des stimuli extérieurs (environnement externe) ou à des stimuli intérieurs (environnement interne) sur l’organisme. C’est sur cette
approche que se reposent aujourd’hui, et depuis de nombreuses années, tous les services secrets du monde pour évaluer leurs recrues,
ainsi que pour le management de leurs agents, et même des effectifs employés dans leurs bureaux. On trouve le chercheur Ivan Pavlov à
l’origine du behaviorisme, bien que ce terme dérivé de l’anglais behavior (comportement) fut largement introduit par le chercher
américain Burrhus F. Skinner durant les années 1940-50, lorsque ce dernier présenta la notion de conditionnement opérant.
[90] Du point de vue des recruteurs des services secrets, avoir affaire à une recrue qui a une solide connaissance des sciences dites
comportementales (et, en particulier du behaviorisme) est un sérieux handicap au moment du rectutement qui ne peut être surmonté,
bien souvent, que par la mise en place d’un recrutement hostile (emploi immédiat de la coercition). Car les résultats des tests ne peuvent
être jugés fiables si on soupçonne que la recrue a compris qu’elle est testée, et donc ce qui pouvait être attendu de ces tests. Avant que
le recrutement hostile prenne place, on aura exposé la recrure à des situations dont on pense alors qu’elle les percevra comme des tests,
alors qu’il s’agira de situations réelles devant convaincre cette dernière qu’elle « se trompe ». Ultimement, cette alternance entre réalités
et tests pourra s’avérer bénéfique pour les recruteurs, puisque, croyant toujours être testée, la recrue ne craindra plus les dangers bien
réels. Cette technique de manipulation est également employée dans les unités militaire d’élite, où les conditions de l’entrainement se font
si dûres et si proches de la réalité que les recrues ne sont plus capables de faire la diférence entre l’entrainement et les véritables
missions.
[91] Ce sont les courriers, qui se rendent à l’étranger pour de très brefs séjours, de quelques heures à moins d’une semaine, afin de
procéder à une livraison pour un agent, qui apprennent à déjouer surveillances et filatures.
[92] Le soldat de l’unité militaire d’élite apprend à capturer silencieusement un gibier et à le manger cru pour ne pas faire de feu et
signaler ainsi sa position ; l’agent secret apprend à dissimuler une plaque de chocolat ou de jambon sous un vêtement. Les « théâtres
d’opérations » sont différents.
[93] Les officiers traitants reçoivent des cours de tir cependant, plutôt pour être capables de se défendre contre un de leurs agents qui
aurait décidé de « régler son compte à son maître » que dans l’hypothèse d’une agression par un service secret ennemi. Car il faut dire
que de tels évènements se produisent de temps à autres ; les officiers traitants sont bien informés de ce risque, qu’ils courent réellement
en permanence. Parmi les cas de ce genre les plus récents et les plus spectaculaires, et dont l’opinion publique a pu avoir connaissance,
on trouve, en 2010, celui de Humam Khalil Abu-Mulal al-Balawi, un médecin jordanien recruté par la CIA pour qu’il tente d’infiltrer Al
Qaeda ; cet homme fit exploser une ceinture d’explosifs qu’il portait sous ses vêtements lorsqu’il se rendit à un débriefing dans une base
militaire américaine avec son officier traitant et six autres employés des services secrets américains, et il n’y eut aucun survivant.
Quelques petites années avant cela, dans un pays d’Europe de l’Ouest, un agent d’espionnage domestique assassina à coups de couteau
l’épouse de son officier traitant puis fit brûler son corps. L’officier-traitant était officiellement un officier de gendarmerie. L’agent fut pris
presque aussitôt puis jugé dans un procès à huis clos ; les motivations réelles de son geste ne furent pas communiquées à la presse.
[94] Certains services secrets recrutent régulièrement dans les prisons où, dans ce cas, leurs recrues peuvent recevoir des cours ou
formations spécifiques durant leur détention, à l’abri de toute curiosité extérieure.
[95] Par « opinion et préférences », il faut entendre, au plus simple : les opinions politiques et idéologiques, les opinions, très importantes,
de la population à propos des pays étrangers pays par pays, ce que pensent les gens de leurs dirigeants politiques, leurs préférences
culturelles (musicales, littéraires, etc.), leurs préférences vestimentaires, leurs loisirs. Un solide bagage en sociologie est requis pour
interpréter convenablement tous ces indicateurs, faire le tri entre ce qui est localement logique et ce qui ne l’est pas nécessairement. Les
« absences » dans l’information diffusée par les media du pays doivent également être détectées et interprétées (ex. : pourquoi tel sujet
régulièrement abordé dans les autres pays ne ne l’est-il jamais dans ce pays en particulier ?)
[96] Howard Becker, Outsiders : Studies In The Sociology Of Deviance (Outsiders. Études de sociologie de la déviance), 1985
(éd. originale en langue anglaise, 1963).
[97] Caisse de résonnance est une expression métaphorique utilisée depuis plusieurs dizaines d’années par les spécialistes de la
propagande et de contre-propagande (ou influence et contre-influence). Elle désigne un medium ou un groupe de media (télévision,
journaux, radio, réseaux sociaux, etc.) qui reprend et diffuse à son tour une information précédemment publiée par un journal (ou un autre
medium), ce qui a pour effet d’en amplifier l’importance, et ainsi d’atteindre l’opinion publique qui la mémorise alors. La réussite de
l’effet de caisse de résonnance dépend grandement du caractère « sensationnel » d’une information. Lorsque ce caractère sensationnel
n’existe pas ou est insuffisant, celui qui cherche à faire connaître cette information doit donc intervenir pour entretenir artificiellement la
persistance de celle-ci, car sinon, elle sera bien vite oubliée, « recouverte » par d’autres nouvelles à sensation. La caisse de résonnance
doit donc se produire naturellement, en principe ; elle est un phénomène médiatique naturel, dans une large majorité de cas (ex. la
première annonce d’un avion quis’écrase sera forcément relayée par d’autres media, qui « feront caisse de résonnance »).
[98] Le libertarianisme est une philosophie politique (considérée comme dissidente dans presque tous les pays) prônant la liberté
individuelle en tant que Droit naturel comme valeur fondamentale des rapports sociaux, des échanges économiques et du système
politique. Les libertariens se fondent sur le Principe de non-agression qui affirme que nul ne peut prendre l’initiative de la force
physique contre un individu, sa personne, sa liberté ou sa propriété. De fait, ses partisans sont favorables à une réduction, voire une
disparition de l’État en tant que système fondé sur la coercition, au profit d’une coopération libre et volontaire entre les individus
(définition de Wikipedia : Libertarianisme). Dans la réalité, les libertariens font aujourd’hui l’objet de surveillance accrue et de
noyautage par les appareils d’intelligence domestique de pratiquement tous les pays du monde, y compris aux États-Unis. Ne pas
confondre libertarien et libertaire, le second s’apparentant à l’anarchisme.
[99] Quoique la contre-influence s’inscrive dans le cadre de la mission générale d’inteligence domestique, cette spécialité est
généralement supervisée par les services de contre-espionnage.
[100] Moins de 1 % des populations de tous les pays se montre capable d’expliquer correctement ce que sont la national-socialisme et
le fascime, et moins encore de différencier ces deux idéologies politiques extrêmistes ; de même que l’imense majorité des individus qui
se disent communistes ou socialistes n’ont pourtant jamais lu une ligne de Karl Marx.
[101] L’essayiste et romancier français d’origine russe, et ancien agent de l’influence domestique et du contre-espionnage français,
Vladimir Volkoff, a écrit un roman racontant le recrutement d’un agent chargé d’infiltrer l’église orthodoxe en Russie soviétique ; Le
Trêtre, Julliard éd., 1983.
[102] Pour d’évidentes raisons, les religions sont étroitement surveillées dans les pays de gauche, et dans ce cas, tout est entrepris pour
corrompre et manipuler leurs leaders locaux.
[103] Concernant les agents usant de couvertures religieuses, citons ce cas d’un agent d’un pays ennemi des États-Unis qui fut envoyé
dans des pays d’Afrique sous la couverture de pasteur, pour y faire des recrutements sous un faux drapeau, en laissant croire qu’il
était un contact des services secrets américains.
[104] Curieusement, on pourrait le penser, les individus rompus aux techniques de manipulation se montrent souvent faciles à
manipuler, pour des raisons qui peuvent être différentes d’un cas à un autre. Par exemple : le manipulateur voit fréquement des tentatives
de manipulation ou de tromperie dans des actes ou des comportements pourtant inocents ou ne devant qu’au pur hasard ; une faiblesse
qui permet de facilement le manipuler. Citons ce cas authentique, démontrant l’existence d’un surprenante inverse, d’un officier traitant
ouest-européen qui s’était fait vendre, pour une somme rondelette, un sticker à coller sur le pare-brise de son véhicule qui lui avait été
présenté par un petit escroc comme un signe de reconnaissance et d’appartenance qui lui éviterait toutes les contraventions pour
stationnement interdit ! L’escroc, bien informé des usages de l’espionnage dans son pays, avait simplement laissé entendre, par quelques
allusions, qu’il représentait une cellule clandestine des services secrets.
[105] Le célèbre traître et cadre du FBI américain, Robert Hanssen, arrêté en 2001, s’était débrouillé pour que les services secrets
russes (SVR) ne puissent connaître son identité lorsqu’il leur vendit des secrets d’État pour des sommes rondelettes. Il savait qu’il
n’aurait jamais été payé sinon, car les services secrets russes auraient aussitôt réclamé d’autres secrets en échange de la seule
promesse de ne pas révéler son nom et ses actes au FBI, jusqu’à la fin de ses jours.
[106] Un transfuge est un agent ou un employé d’un service secret qui passe à l’ennemi, pour des motifs qui peuvent être très
différents d’un individu à l’autre, et qui ne sont donc pas nécessairement d’ordre financier. Un transfuge peut également être un
diplomate, un militaire ayant connaissance d’informations secrètes hautement susceptibles d’intéresser les services secrets de l’ennemi.
[107] Ouvrir un contact signifie entrer en contact physique avec une personne, en usant pour ce faire d’un prétexte quelconque ou, le
plus souvent, en influençant ou en trompant cette personne de manière à la forcer à faire le premier pas. Provoquer une rupture des
relations avec une personne, toujours à l’aide d’une tromperie, est appelé fermer un contact. Le plus souvent, on ferme un contact avec
un individu en se rendant désagréable, jusqu’à ce que soit lui, encore, qui ne souhaite plus poursuivre la relation.
[108] La surveillance de Paul prit fin plusieurs années après cela, lorsque l’on finit par comprendre qu’il n’était qu’un passionné du
sujet des services secrets, et n’avait jamais tenté d’espionner qui que ce soit ni quoi que ce soit.
[109] On nomme couramment Renseignement militaire un service secret de l’armée chargé de collecter des renseignements de
nature militaire à l’étranger. La plupart des pays ont un service de renseignement militaire, détaché des services secrets « civils » et
placé sous l’autorité du chef des armées. Cependant, les services de renseignement militaire sont couramment intégrés à la communauté
du renseignement de leurs pays.
[110] John Le Carré, Une Paix insoutenable, Robert Laffont éd., 1991.
[111] Jeu non-coopératif n’est pas une expression créée par les services secrets, mais par les experts d’une branche de la logique
appelée théorie des jeux, laquelle est couramment utilisée par les stratèges politiques et des services secrets pour résoudre des
dilemmes importants. Cependant, bien des officiers traitants, sans le savoir, recourent au jeu non-coopératif de la théorie des jeux pour
diriger leurs agents.
[112] La plus simple des manipulations de ce type est le « drive-to » (littéralement, conduire à). Par exemple, un individu fait l’objet
d’une filature hostile, c’est-à-dire ostensible, afin de le lui faire peur. La cible presse alors le pas pour fuir ; elle ne sait pas que c’est ce
qui est espéré, car elle est attendue au bout de la rue par des complices des suiveurs. Cette technique de manipulation physique peut être
reproduite de manière virtuelle, en incitant par les moyens de diverses menaces un individu à choisir la seule option qu’il parvient à voir,
celle que l’on veut qu’il choisisse de lui-même. Les services de police utilisent fréquement cette technique de manipulation pour
contraindre des suspects ou des individus ordinaires à venir « spontanément » leur rendre visite, ce qui servira de prétexte à un
interogatoire ou à la poursuite d’une relation devant déboucher sur une collaboration.
[113] Un agent double est l’agent d’un pays qui a accepté de « collaborer », généralement sous la contrainte (menace, chantage),
avec le service de contre-espionnage du pays où on l’a envoyé, et qui est, à partir de là, utilisé pour envoyer de fausses informations à
son pays (intoxication). L’usage que font les services de contre-espionnage des agents doubles est fréquemment associé à des
opérations d’intoxication particulièrement complexes et subtiles. Très ponctuellement (rarement), un agent peut être triple ; c’est-à-dire
lorsqu’il sert les intérêts de trois pays, mais en trompe un ou deux en réalité. De plus en plus d’experts du contre-espionnage pensent que
l’emploi des agents doubles est improductif, sinon très incertain, au regard du temps qui doit ordinairement leur être consacré. Il en
résulte que, bien souvent, la compromission d’un agent étranger pour en faire un agent double ne vise qu’à contrôler ses agissements
(jusqu’à ce que son pays le rappelle ou l’envoie ailleurs).
[114] Louis XV avait promis à Voltaire une nomination à l’Académie française en échange que celui-ci aille espionner Frédéric II de
Prusse, pour tenter de connaître les secrets de la politique prussienne entre les deux guerres de Silésie. Pour ce faire, Voltaire devait se
présenter devant le roi de Prusse comme un « réfugié mécontent de la manière avec laquelle il était traité dans son pays ». Ce fait fut
découvert un siècle plus tard par l’historien et diplomate Albert de Broglie (1821-1920), qui avait eu accès à des archives confidentielles
et diplomatiques, et qui le rapporta dans son essai historique Frédéric II et Louis XV ; 1742-1744, publié en 1884.
[115] On trouve des références pus ou moins détaillées et des allusions au terrible blacklisting de Klop Ustinov dans plusieurs essais
sur le sujet de l’espionnage, écrits par d’ex-cadres des services secrets anglais et américains.
[116] On peut citer des chercheurs, Prix Nobel pour certains, tels que Gerd Gigerenzer, John Tooby, Leda Cosmides, Konrad Lorenz,
Karl von Frisch, Nikolaas Tinbergen, Henri Laborit, Sigmund Freud en débat dans Malaise dans la civilisation (1929), de même que
Burrhus F. Skinner dans Par delà la liberté et la dignité (1971).
[117] Le néocortex est la troisième couche d’un cerveau, après le cerveau reptilien (d’où partent les pulsions) et le cerveau
mammalien ; celle, extérieure, qui présente les circonvolutions que tout le monde connaît.
[118] Le cerveau reptilien, également nommé cerveau primitif, archaïque ou primaire, aurait environ 400 millions d’années. Il
remonterait à l’époque où des poissons sortirent de l’eau et devinrent des batraciens. Chez l’Homme, le cerveau reptlien est la première
couche du cerveau, recouverte du cerveau mammalien, puis du néocortex.
[119] Vaincre la résistance morale d’un individu, en l’affamant et en lui en montrant régulièrement un autre mangeant des mets
particulièrement appétissants est une technique qui fut fréquemment utilisée en Union Soviétique contre des prisonniers politiques. Ce fait
fit d’ailleurs l’objet d’un court-métrage réalisé par le cinéaste américain Arnold Laven en 1956, titré I am not Alone (actuellement et
gratuitement disponible sur l’Internet). Cette technique est désormais couramment utilisée par les services secrets et de police de
beaucoup de pays, et avec des objectifs divers, tels que : obtenir des confessions, contraindre un individu à se compromettre ou à devenir
un agent, torturer psychologiquement des prisonniers.
[120] Ce truc d’espionnage fonctionne avec beaucoup de modèles de téléphones, y compris les portables. Mais les agents entrainés
pour une mission à l’étranger apprennent une contre-mesure simple pour savoir s’ils sont ainsi espionnés, que voici. Lorsque l’on utilise
un téléphone sans fil dont les batteries du combiné se rechargent sur une base, il suffit, pour savoir s’il est connecté à distance pour
servir de micro-espion, de l’enlever de sa base durant la journée, et de ne l’y reposer qu’avant d’aller se coucher, pour le faire se
recharger durant la nuit. Si les batteries de ce téléphone sont en bon état, et s’il n’a servi que pour une ou deux conversations de
quelques minutes durant ce lapse de temps, ces dernières ne pourront pas se décharger complètement avant la fin de la journée. Si, par
contre, ce même téléphone, ainsi décroché en mode « veille » et ayant de bonnes batteries, est complètement déchargé, ou presque, en
seulement quelques petites heures, c’est qu’il y a de très grandes chances pour qu’il ait été activé à distance pour servir de micro-espion,
et donc pour que tout ce qui a put être dit dans la pièce où il se trouvait ait été écouté (ou automatiquement enregistré pour écoute
ultérieure) par un inconnu disposant de solides compétences en matière d’espionnage, et (éventuellement mais pas forcément) d’une
complicité chez l’opérateur téléphonique.
[121] La ricine est désignée comme un produit très toxique qui agit par inhibition de la synthèse des protéines en attaquant l’ARN des
ribosomes, entraînant ainsi la mort cellulaire. La ricine est 6000 fois plus toxique que le cyanure, et 12000 fois plus toxique que le venin du
serpent crotale. Au delà d’une certaine dose, les effets de la ricine sont généralement irréversibles (un antidote est en cours de mise au
point depuis 2010). Les symptômes apparaissent en quelques heures, conduisant à la mort de la personne exposée en trois à cinq jours.
La ricine est une toxalbumine produite par un arbrisseau de la famille des euphorbiacées, le ricin (Ricinus communis), une plante
originaire d’Afrique tropicale mais quis’est diffusée un peu partout dans le monde depuis quelques années.
[122] Le FSB (Federalnaya Sloujba Biesopasnosti, Service Fédéral de Sécurité) est l’actuel service de contre-espionnage russe
(ou chargé de la sécurité intérieure) qui peut plutôt être assimilé à un service de police spécialisé qu’à un service secret ; on peut plus ou
moins le comparer au FBI aux États-Unis, au MI5 en Angleterre et à la DCRI en France.
[123] Le SVR (Sloujba Viechnoye Biesopasnosti, Service de Renseignement Extérieur) est l’actuel successeur russe du KGB
soviétique, autrement dit les services secrets russes, qui peut être assimilé à la CIA aux États-Unis, au MI6 en Angleterre et à la DGSE
en France.
[124] Le polonium 210 est un élément radioactif très puissant. L’ingestion de seulement 100 milliardièmes de gramme de polonium 210
suffit à provoquer la mort certaine d’un individu. Le polonium 210 est présent à l’état de traces dans le milieu naturel, où il provient de la
désintégration du radon 222, et il peut être obtenu artificiellement par transmutation, en bombardant du bismuth avec des neutrons.
[125] Alexandre Valtérovich Litvinenko, Le temps des assassins, Calmann-Lévy éd., 2007.
[126] L’ex-cadre des services secrets français Constantin Melnik a consacré un livre entier aux éliminations physiques par les services
secrets français durant la Guerre d’Algérie, titré, La mort était leur mission – Le service Action pendant la guerre d’Algérie,
Omnibus éd., 1998.
[127] Victor Ostrovski, Mossad. Un agent des services secrets israéliens parle, Presse de la Cité, 1992.
[128] En 1913, le médecin et biologiste roumain, Constantin Levaditi (1874-1953) fut le premier à réaliser des cultures in vitro des
virus de la poliomyélite et de la rage sur des cellules nerveuses maintenues en survie (provenant de ganglions spinaux).
[129] Une endocardite est une inflammation de l’endocarde (structures et enveloppe interne du cœur, incluant les valves cardiaques).
C’est une maladie assez rare (une trentaine de cas seulement par million d’individus) mais souvent grave.
[130] L’aflatoxine (aflatoxine B1, dans le cas de son utilisation comme poison discret) est une mycotoxine produite par des
champignons proliférant sur des graines conservées en atmosphère chaude et humide. Elle est nuisible aussi bien chez l’homme que chez
l’animal, et possède un pouvoir cancérigène élevé. 300 milligrammes d’aflatoxine suffisent à tuer un individu de poids moyen (75 kilos) en
seulement quelques jours.
[131] Familièrement, les services secrets d’un pays de l’Europe de l’Ouest emploient l’expression « pourrir la vie » de quelqu’un. Les
services secrets de quelques pays où l’on parle anglais disent dans ce même cas, « faire de la vie de quelqu’un un enfer ». C’est affaire
de cultures.
[132] Les maladies provoquées par un stress intense et prolongée (dites psychosomatiques) sont, le plus fréquemment : l’ulcère à
l’estomac, les diverses formes de cancer, les affections cardio-vasculaires en général.
[133] Presque toujours, plusieurs mois de ce genre de harcèlement mènent à une insommnie de la cible, étape qui précède des crises
de violence qui peuvent aller jusqu’à de brèves pulsions meurtières.
[134] Une lecture de l’article de Wikipedia consacré au « stress » complètera ce qui a été dit jusque là, car ce dernier est fort bien
rédigé, exact et assez complet.
[135] Cette maxime, inspirée de la mythologie romaine, n’a pas d’origine connue ; la voici sous sa forme latine : quem luppiter vult
perdere, dementat prius. Comme elle a été traduite en anglais, l’historien spécialiste des proverbes, Archer Taylor (1890-1973), auteur
de l’essai The Proverb (1931), dit qu’elle aurait été composée à Cambridge, en Angleterre, vers 1640. D’autres pensent qu’il pourrait
s’agir d’un dérivé ou d’une interprétation d’un vers de Dis exapaton, Celui que des dieux aiment meurt jeune, une œuvre
mythologique de l’auteur comique grec Ménandre (fin du IV
e
siècle av. J.-C.) telle qu’elle fut retranscrite par l’auteur comique latin
Plaute (254-184 av. J.-C.) dans les Bacchides (816-7), bien que le sens en soit complètement différent ; les dieux, dans cet autre cas
seraient impatients de voir mourir celui qu’ils aiment, afin de pouvoir l’accueillir à leurs côtés.
[136] Une description plus complète encore de la « fabrication » des terroristes kamikazes à partir de jeunes diplômés ordinaires par
GamalAbdel Nasser peut être trouvée dans l’essai de Miles Copland, The Game of Nations : The amorality of Power Politics, Simon
and Schuster éd., 1970.
[137] Depuis quelques années, l’usage du mot « intelligence » a remplacé celui d’« espionnage », principalement pour une question de
perception négative que peut en avoir la population. Les Russes préfèrent parler, depuis longtemps déjà et pour les mêmes raisons, de
« reconnaissance », et ils nomment leurs espions des « éclaireurs ». Les Français, eux, parlent de « renseignement », mais ils utilisent
parfois l’anglicisme intelligence, un mot qui est d’ailleurs synonyme d’espionnage dans le Code pénal de ce dernier pays (ex. :
intelligence avec une puissance étrangère). Les Français ont d’ailleurs longtemps nommé l’espionnage « documentation extérieure »,
et, de manière plus abstraite encore, « sécurité extérieure » tandis que l’espionnage domestique demeure, beaucoup plus clairement, le
« renseignement intérieur ».
[138] Le Service d’Action Civique (SAC), créé en 1960 par les politiciens français Alexandre Sanguinetti et Charles Pasqua, fut une
milice policière en civil, officiellement chargée de lutter contre la montée du communisme et du socialisme en France, et discrètement
contrôlée par les services secrets. Le SAC fut dissous en 1981,
[139] Ce fut Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), contrôleur général des finances sous Louis XIV, qui fut le premier à formaliser
l’importance de l’économie dans la guerre, en écrivant que « Le commerce est la source des finances, et les finances sont le nerf de la
guerre. » Les services secrets français sont même allés jusqu’à créer officiellement, en 1997, une École de guerre économique (EGE),
antenne informelle et officieuse de formation de ses recrues à cette spécialité. Otto Von Bismarck (1815-1898), écrivit quant à lui que
« le libre échange (commercial et économique) est l’arme du stratège. »
[140] Le concept de destruction mutuelle assurée est apparu dès la fin de la Seconde guerre mondiale, comme suite de l’apparition
de la bombe atomique. C’est le célèbre mathématicien et stratège américain John Von Neumann (1902-1957) qui le formalisa et lui
donna le nom de « MAD », pour Mutual Assured Destruction. Cependant, le non-moins célèbre romancier anglais, Wilkie Collins
(1824-1889) avait écrit, durant la Guerre de 1870 qui avait opposé les Français contre les Prussiens, « Je commence à croire en une
seule influence capable de garantir la paix : la découverte un de ces jours d’un moyen de destruction si terrible que la guerre
signifiera annihilation, et c’est alors la peur qu’en auront les Hommes qui les forcera à maintenir la paix » (I begin to believe in
only one civilizing influence—the discovery one of these days of a destructive agent so terrible that War shall mean annihilation
and men’s fears will force them to keep the peace).
[141] En 1965, l’ex-diplomate Edmund Gullion créa le Edward R. Murrow Center of Public Diplomacy , et l’expression « public
diplomacy » du même coup.
[142] Vladimir Iefimovich Semichastny (1924-2001) fut président du KGB de 1961 à 1967.
[143] La direction du Département D fut confié à un intellectuel et polyglotte à la personnalité souple, le colonel Ivan Agayants.
[144] Mesures actives, traduit du russe activniye mieropriyatya (Активные мероприятия), présente la particularité d’être un aspect
du camouflage (maskirovka) selon l’approche russe de l’espionnage, tout simplement parce que le but du camouflage est de tromper.
Une des stratégies prioritaires du Département D dans les pays étrangers fut de séduire toutes les minorités généralement délaissées par
les États, et d’en faire des mouvements de contestation en les éduquant à l’agit-prop : mouvements féministes, mouvements
homosexuels, handicappés, minorités immigrantes et raciales, etc. Ceci permettait du même coup de pousser ces minorités à faire la
promotion de l’égalité, une première étape d’un processus de conversion devant mener à une idéologie politique de gauche (toutes ces
minorités prétendent aujourd’huise sentir à gauche du spectre politique, en effet). Dans cette stratégie étaient inclus le lancement des
mouvements de culture alternative (ou de contre-culture) et, d’une manière générale, tout ce qui pouvait être en opposition avec les
goûts et préférences des sociétés capitalistes. En somme, « mettre la pagaille » dans le pays devant être conquis. C’était l’exact opposée
de ce que la public diplomacy américaine faisait avec la musique et le cinéma.
[145] Le verbe « planter » familièrement utilisé dans les services secrets, peut désigner l’action de mettre solidement et durablement
en place quelque chose : un agent dans un milieu politique ou une entreprise, une rumeur dans un pays, etc.
[146] Pour protéger l’industrie tout en restant discrets, les services de contre-espionnage d’au moins un pays d’Europe de l’Ouest ont
eu l’idée, très originale mais assez appropriée, de se présenter et d’agir régulièrement sous des activités de couverture
d’employés/spécialistes de la qualité et du respect des normes ISO.
[147] On ne trouve aucune mention de ce fait, déjà dans les premières éditions du Testament politique de Frédéric II, bien que les
historiens soient tout de même parvenus à l’apprendre puis à le rapporter. Il est plus que probable que tout ce qui concerne ce sujet ait
été retiré de ce texte avant sa publication, puisque Frédéric II l’avait écrit pour le seul usage de ses successeurs. Frédéric II rédigea
deux versions de son Testament politique : la première en 1752 et la seconde en 1768. Celles-ci furent publiées pour la première fois par
l’éditeur allemand Volz, en 1920, avec une introduction et des notes en allemand, et un texte dans sa version originale en français.
[148] L’ex-cadre du service de contre-espionnage britannique (MI5) Peter Wright, rapporta dans ses mémoires, publiées sous le titre
Spycatcher : The Candid Autobiography of a Senior Intelligence Officer, que le fait de ne pas être franc-maçon était un handicap à
sa perspective de carrière au moment où on lui proposa de quitter la marine pour entrer dans le contre-espionnage britannique. En
France, le spécialiste de l’intelligence domestique et conseiller régulier en matière de sécurité intérieure auprès des plus hautes instances
politiques françaises, Alain Bauer, fut également grand maître du Grand Orient de France. Michel Baroin (1930-1987), ex-cadre de la
police française, puis des Renseignements généraux, puis de la DST, fut également grand maître du Grand Orient de France. Jean Baylot
(1897-1976) ex-préfet de police, fut également membre du Grand conseil de l’ordre du Grand Orient de France. Le lecteur ne doit pas
déduire de tout cela qu’il y aurait une conspiration mondiale fomentée par la franc-maçonnerie, ainsi que d’aucuns le prétendent un peu
hâtivement. Car il existe, en effet, une franc-maçonnerie historique qui fut créée en Angleterre au XVIII
e
siècle, et plusieurs sociétés
secrètes se réclamant de la franc-maçonnerie, mais qui n’entretiennent quasiment aucun rapport avec la première, voire, qui
entretiennent des rapports (officieux) de grande rivalité. Par exemple, le Grand Orient de France est une société secrète spécifiquement
française et relativement nouvelle qui prône l’athéisme, tandis que la Franc-maçonnerie des origines est spécifiquement anglaise et prône
la croyance en Dieu.
[149] Ce constat a été formalisé par le chercheur français Gustave Le Bon (1841-1831) dans son célèbre ouvrage, Psychologie des
foules, en 1895, qui est resté un classique de ce sujet particulier depuis. L’historien et académicien français Hippolyte Taine (1828-1893)
était déjà arrivé aux même conclusions que Le Bon quelques petites années avant la publication de cet ouvrage ; c’est d’ailleurs lui qui
avait inspiré ce dernier dans ses recherches, notamment avec la publication des Origines de la France contemporaine (1875-93) dans
lequel il procède à une véritable analyse psychologique des foules durant la Révolution française de 1789.
[150] Trois est le nombre en dessous duquel nous trouvons le couple ou le binôme, qui peut facilement et durablement partager les
mêmes opinions, et où la conspiration ne peut exister — que le lecteur n’aille pas y voir une signification symbolique ; il n’y en a aucune
ici.
[151] C’est aussi pourquoi les visées réelles d’une action politique doivent laisser place à des visées formelles, donc faisant appel à la
passion (voir l’Introduction et premier chapitre de ce livre).
[152] Ce constat avait déjà été fait à la fin du XIX
e
siècle par Gustave Le Bon ; il fut régulièrement confirmé par la suite et par
d’autres scientifiques, y compris lors d’observation effectués dans des hémicycles de parlementaires.
[153] On a faussement attribué à l’ex-premier ministre de l’Angleterre, Winston Churchill, la célèbre maxime, Si vous n’êtes pas un
libéral (c’est-à-dire à gauche, dans le contexte anglais) à l’âge de 25 ans, c’est que vous n’avez pas de cœur ; si vous n’êtes pas
devenu conservateur (à droite) lorsque vous atteignez l’âge de 35 ans, c’est que vous n’avez pas de cervelle (If you’re not a
liberal when you’re 25, you have no heart. If you’re not a conservative by the time you’re 35, you have no brain ). Cependant,
cette proposition est bien explicable et validée du point de vue des sciences cognitives (les jeunes esprits raisonnent par la passion avant
d’accéder à la raison, par l’expérience de la vie). De toute façon, altruisme est synonyme de naïveté du point de vue des services
secrets ; c’est un sentiment considéré comme dangereux pour un agent, puisqu’il constitue une vulnérabilité psychologique.
[154] De plus, les minorités d’immigrés sont souvent familières des pièges du discours politique.
[155] D’une manière générale et historiquement, la stratégie de conquête des communistes soviétiques (tout comme celle des
communistes maoïstes) a toujours été d’endoctriner prioritairement les plus jeunes et les intellectuels. Les premiers parce qu’ils seront les
forces vives de la nation de demain (investissement d’effort à long terme, donc plus payant) ; les seconds parce qu’ils sont naturellement
des leaders d’opinion.
[156] « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre » , a lui-même dit le théoricien révolutionnaire socialiste et
communiste Karl Marx (1818-1883).
[157] Il n’existe aucune propagande contre l’idéologie nazi, ni contre les idéologies fasciste et national-socialiste d’une manière
générale, dans tous les pays qui ne sont pas occidentaux, parce que ceux-ci n’ont pas ou faiblement été impliqués dans la Deuxième
guerre mondiale ; et aussi, dans quelques cas particuliers, parce que des idéologies très similaires sont adoptées sous d’autres noms et
justifications (religieuses, par exemple).
[158] De toute façon, les idéologies politiques et/ou religieuses extrémistes ne peuvent séduire que les masses de pays
économiquement instables, proportionnellement à leur frustration pourrait-on dire. Le premier à avoir compris et rationnalisé ce fait,
maintes fois démontré depuis, fut Friedrich Engels (1820-1895), grand ami de Karl Marx et authentique stratège, qui écrivit à ce dernier
qu’« une dépression économique chronique peut être utilisée comme une astucieuse stratégie […] dans le but d’échauffer le
peuple […] exactement comme une attaque de cavalerie a un meilleur élan si ses chevaux s’élancent depuis une distance de
cinq cents pas avant de fondre sur l’ennemi. » Correspondance Marx-Engels, traduction de l’auteur.
[159] Winston Churchill (déjà cité) prononça cette phrase restée célèbre depuis, durant une allocution devant le Parlement britannique
le 11 novembre 1947 (« Democracy is the worst form of government, except for all those other forms that have been tried from
time to time »).
[160] Au Koweït, par exemple, la demande énergétique nécessaire au fonctionnement des climatiseurs (ou systèmes d’air conditionné)
serait considérée comme colossale à l’échelle d’un pays tel que la France. Mais le Koweit a pour lui de disposer des ressources
énergétiques nécessaires en quantités bien plus importantes que celles de beaucoup d’autres pays.
[161] Lire à ce propos les analyses et observations de Roger Wybot, ex-directeur de la Direction de la Surveillance du Territoire
(DST) de 1944 à 1959, dans son livre remarquablement documenté, Roger Wybot et la bataille pour la DST, Presses de la Cité éd.,
1975.
[162] La Chine a historiquement et collectivement été victime de superstitions récurrentes et variées inhérentes à sa culture. Le Japon,
qui a hérité une partie de cette culture chinoise (à commencer par l’écriture qui marqua, en partie, la fin de son ère Jomon, vers 700-800
ap. J.-C.) a également des superstitions, rattachées celles-ci au shintoïsme (kami, etc.).
[163] Lire à ce propos l’ouvrage du sociologue allemand Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-05).
[164] C’est bien ainsi que les analystes des services secrets apprennent à observer les pays. L’éminent historien français Emmanuel
Le Roy Ladurie ne classe ses confrères ni selon un ordre hiérarchique quelconque, ni par groupes, mais en deux catégories
d’observateurs distinctes. Les « parachutistes », qui étudient les grandes évolutions du passé depuis une grande hauteur, et les
« truffiers » qui s’immergent dans le grand et dense bourbier des détails (cit. « Il y a deux sortes d’historiens, le truffier et le
parachutiste. […] Le parachutiste, c’est celui qui ratisse les djebels, qui essaye d’avoir une vision très complète »). Ces deux
approches ont leurs avantages et leurs dangers, et c’est pourquoi les analystes des services secrets (qui sont tous des spécialistes de
l’Histoire contemporaine, bien qu’ils se considèrent plutôt comme des archéologues), collectivement, passent beaucoup de temps à les
recouper : le parachutiste cherche à comprendre le tableau général au prix d’une inévitable superficialité ; le truffier, lui, connaît bien
les faits, mais il manque de voir le véritable contexte dans lequel ceux-ci prennent place. Pourtant, l’historien allemand Leopold Von
Ranke (1795-1886) pointait du doigt, il y a plus d’un siècle, que les historiens se doivent de prendre alternativement de l’approche et du
recul, entre le particulier et l’universel, entre le « microscope » et le « télescope ».
[165] Tel fut le cas du coup d’État, en France, du général de Gaulle, en mai 1958, grâce à la participation officieuse de l’état-major des
Armées. Le lecteur qui souhaiterait en savoir plus sur les conditions qui favorisèrent la possibilité de ce coup d’État, depuis l’intérieur du
cercle de l’élite politique, lira l’excellent livre de l’ex-directeur de la DST (le contre-espionnage français) Roger Wybot, Roger Wybot et
la bataille pour la DST, Presse de la Cité éd., 1975.
[166] Le lecteur trouvera plus d’information sur Rosie the Riveter en consultant Wikipedia ; une page lui est dédiée.
[167] David Olgivy (1911-1999) est considéré comme l’un des pères fondateurs de la publicité moderne. En 1941, il fut recruté par les
services d’espionnage britanniques, au British Security Coordination. Il y travailla durant toute la guerre aux côtés du romancier Roald
Dahl (auteur de Charlie et la chocolaterie), du chanteur vedette Noel Coward et du père de James Bond, Ian Flemming, eux aussi des
employés des services secrets. Là, on lui demanda de conduire des enquêtes sur la perception de la Grande-Bretagne dans l’opinion
publique américaine. En 1943, il rédigea un rapport secret intitulé : A Plan for Predetermining the Results of Plebiscites, Predicting
the Reactions of People to the Impact of Projected Events, and Applying the Gallup Technique to Other Fields of Secret
Intelligence (Plan pour prédeterminer les résultats des plébiscites ; Prédire les réactions de la masse aux impacts des projets
d’évènements, et application de la technique Gallup à d’autres champs de l’action clandestine). Ce rapport servit, durant la
dernière année de la guerre à mesurer par des sondages les vraies forces des mouvements politiques en présence dans chaque pays et
guider la politique américaine.
[168] Théophraste Renaudot (1586-1653) fut un ami personnel de Richelieu et aussi son agent. À eux deux, ils inventèrent et
perfectionnèrent divers moyens et méthodes d’intelligence domestique très ingénieux, dont la plupart sont toujours en usage en France
aujourd’huisous une forme à peine améliorée.
[169] La France s’est historiquement fait connaître en matière d’influence pour avoir chargé Beaumarchais d’imprimer
clandestinement de la propagande noire dirigée contre l’Angleterre, et, réciproquement, de prévenir la diffusion de propagande noire
anglaise en France.
[170] On trouve couramment aujourd’hui, dans la plupart des pays, des stations de radio et des chaînes télévisées d’État qui sont
parfaitement acceptées et régulièrement regardées par les masses ; elles sont même unanimement jugées hautement crédibles, et de
qualité surtout. La BBC, notamment, s’est faite une réputation d’excellence, y compris au moment de réaliser des séries télévisées avec
de vrais grands acteurs.
[171] Ce que le public, autant que certains services secrets, nomment « cyber-guerre », consiste : soit en les intrusions et attaques
contre des serveurs informatiques étrangers (dans le but de collecter des informations sensibles, ou de saboter ou d’intoxiquer), soit en
des contre-mesures de prévention et de protection contre ces types d’agressions.
[172] L’industrie horlogère suisse est particulièrement visée par ces attaques depuis 1998 ; sous la direction des opérations discrète des
services secrets russes (SVR), un pays ouest-européen et un autre d’Afrique du Sud en particulier financent (à fonds perdus) près de
90% de la presse horlogère en langue française dans les seuls buts de contrôler l’information sur l’horlogerie de luxe, et de ne laisser
personne d’autre occuper ce créneau, y compris les Suisses eux-mêmes ; cette offensive s’étend aux salons et foires-expositions
horlogères, sans oublier les concours et prix dont les jury sont même parfois présidés par des agents agissant sous couvertures de
journalistes spécialisés (encore en 2012,à Genève). Tous les premiers prix sont, bien entendu, accordés aux entreprises de ce pays. Il
n’est pas anodin de préciser que les oligarques et la mafia russe se sont faits gros consommateurs de montres suisses de très haut de
gamme depuis quelques années.
[173] On peut tout de même révéler que cette technique est actuellement utilisée, et depuis plusieurs dizaines d’années, par quelques
entreprises spécialisées, tout spécialement dans l’industrie du luxe et de la mode, dans le domaine médical, et dans l’industrie automobile.
Dans le cas de ses dernières industries en particulier, les départements des services secrets spécialisés dans l’influence et la contreinfluence
sont activement impliqués, à la demande des départements spécialisés en guerre économique, dont la mission consiste à
protéger et à assister discrètement des entreprises jugées importantes pour les santé et croissance économiques, à un niveau national
comme international.
[174] Cette définition présente malheureusement l’inconvénient d’être vague ; ceci est dû à une volonté de l’auteur de ne pas citer de
pays en particulier.
[175] Ce dernier cas est assez fréquemment rencontré aujourd’hui, mais il est bien loin d’être une nouveauté ; il s’agit en fait d’une
simple technique de publicité, laquelle permet à ses praticiens de produire de la désinformation concernant leurs propres produits et ceux
de leurs concurrents, sous couvert d’une information se présentant comme objective, puisque rédigée par d’authentiques journalistes qui
ont été recrutés spécialement pour servir ce but. Les services secrets ne sont pas impliqués dans ce type d’influences, sauf, bien sûr,
lorsque les entreprises quis’y livrent sont des activités de couverture de ces derniers, ou servent d’activités de couverture pour une petite
minorité de leurs employés réguliers (ce dernier cas existe, ainsi qu’une note précédente vient de l’expliquer).
[176] Les éditeurs du journalsoviétique d’État, la Pravda, avaient une peur quasi-maladive d’être ridiculisés par leurs détracteurs avec
ça, précisément parce que les Soviétiques le faisaient eux-mêmes fréquemment. C’est pourquoi la Pravda se distingua par le fait qu’il
était impossible d’y trouver la moindre faute d’orthographe.
[177] Les spécialistes de l’influence savent depuis longtemps, à propos de la presse d’opinion (politique), qu’une large majorité de gens
lisent les journaux dont les propos sont en adéquation avec leurs opinions, même lorsque ceux-ci rapportent souvent des informations
falsifiées ou totalement fausses.
[178] On désigne professionnellement par supports les variantes de media tels que journaux, magazines, stations de radio, chaîne de
télévision, affiches, Internet…
[179] L’inclassable chercheur français d’origine italienne, Bruno Lussato, bien qu’il ne fut jamais un employé des services secrets à
proprement parler, fut, pendant assez longtemps et jusqu’à sa mort, régulièrement consulté par les services secrets d’un pays de l’Europe
de l’Ouest et par un autre de l’Europe de l’Est, dans le cadre de lancements de campagnes d’influence domestiques de grande envergure
et de missions de contre-influence. En dépit de ses quelques fantaisies, de sa personnalité hors-normes et du fait qu’il n’avait pas de
spécialité scientifique bien définie, si ce n’est une grande connaissance technique et historique de l’influence des masses, Lussato était un
personnage dont les conseils étaient hautement considérés dans ce dernier domaine.
Durant le milieu des années 1990, les services secrets du même pays ouest-européen testèrent discrètement l’écrivain italien Umberto
Eco, à son insu, en vue d’en faire un conseiller de l’influence domestique et un agent d’influence. Au bout de seulement six mois, cette
idée fut abandonnée, aux motifs qu’Umberto Eco n’était « pas assez malléable » et qu’il était un « intellectuel trop imbu de lui-même ».
Umberto Eco est cependant resté sous discrète surveillance depuis, au seul motif de ses immenses popularité et reconnaissance,
lesquelles font de lui un leader d’opinion susceptible de servir un jour des intérêts étrangers jugés hostiles.
[180] L’un des exemples actuels de promotion d’une idée politique par le simple usage d’une image (étroitement associé à une
démarche commerciale dans ce cas) est celui du portait de Che Guevara, désormais vendu sur des tee-shirts et d’autres accessoires de
mode ; il existe même une marque de cigarettes Che Guevara. Le logo Coca Cola véhicule également l’idée de la liberté individuelle et
de l’hédonisme à l’américaine, mais de manière plus subtile que le portait d’un personnage politique. On revendique forcément une idée
politique en exhibant une image de Che Guevara ; c’est beaucoup plus ambigu avec le logo de Coca Cola, car cette marque a avant tout
un propos purement commercial et privé.
[181] Le numéro 911 a été adopté comme numéro d’appel d’urgence de la police tout d’abord au Canada, dans la ville de Winnipeg, en
1957. Il fut rapidement adopté dans tout le Canada, puis les États-Unis l’adoptèrent officiellement à partir de 1967. Ce numéro figure en
lettres adhésives sur pratiquement tous les véhicules de la police américaine depuis quelques années.
[182] C’est bien les media, et non les terroristes, qui sont à l’origine de l’adoption du nombre 911 pour faire référence à cet attentat,
bien qu’il fut écrit 9/11 ; reste juste à savoir qui en est réellement à l’origine, et quelle fut la raison de cette idée, sachant que le
rapprochement avec le numéro d’appel de la police est évident pour tout le monde aux États-Unis.
[183] Par exemple : les élites dirigeantes françaises redoutent beaucoup les nouveaux mots d’origine anglaise (américaine), parce
qu’elles les perçoivent comme une forme d’intrusion culturelle ; c’est pourquoi à chaque apparition de l’usage commun de ces mots dans
ce pays, celui-ci en oppose aussitôt d’autres de sa création. Exemples : web et ouèbe, email et courriel, marketing et mercatique, etc.
Les services publics et autres institutions gouvernementales françaises sont alors les premières à être chargées d’en promouvoir les
usages auprès de la masse.
[184] L’effet de mode, également connu des spécialistes des neurosciences sous le nom d’effet bandwagon, ou bandwagon effect,
est décrit comme une pression sociale par le nombre qui incite l’individu qui y est exposé à un comportement de conformité au groupe.
Par exemple, un comportement jugé a priori ambigu, voire inapproprié ou absurde, nous semble correct pour peu que d’autres individus
jugés normaux l’adoptent. D’une manière générale, si un grand nombre de personnes ont un comportement identique particulier, celui-ci
pourra être beaucoup plus facilement accepté par l’individu qui n’a fait que l’observer jusque là. Comme autre exemple : si un culte
aberrant est bien isolé des influences extérieures, celui-ci peut être jugé « rationnel », grâce au phénomène psychologique de l’effet de
mode. C’est de l’effet de mode que vient le grand pouvoir de la télévision et du cinéma. Grace à un usage savant de ces media, il est
possible pour le gouvernement qui en maîtrise le contenu et la diffusion de littéralement modeler les croyances, goûts et préférences
d’une société. Il ne faut pas confondre l’effet de mode avec l’effet de groupe, légèrement différent, qui est plutôt utilisé pour la
manipulation d’un individu ou d’un petit groupe d’individus à l’occasion d’une assemblée.
[185] Par exemple : tous les employés doivent se tutoyer et se faire la bise en arrivant au travail, ou remplacer certains mots du
vocabulaire courant par ceux en usage dans l’entreprise (collaborateur pour employé, positiver pour être bien disposé, affirmatif et
négatif pour oui et non…).
[186] Un des cas les plus visibles et les plus spectaculaires d’endoctrinement idéologique (plutôt identitaire dans ce cas) impliquant
l’adoption d’un accent, en sus de mots spécifiques et d’habitudes vestimentaires, est celui des jeunes exclus et délinquants qui ont pris un
accent très particulier et immédiatement reconnaissable, créés par quelques chanteurs de musique rap. Au bout de quelques années, un
phénomène d’émulation réciproque et naturel prend place, et plus personne n’est alors en mesure de dire d’où vient cet accent, ni
pourquoi seulement quelques individus appartenant tous à une catégorie sociale bien particulière, et parfois très éloignés les uns des
autres, sans qu’aucun contact physique n’ait pu avoir lieu entre eux, l’ont adopté et ne semblent plus être capables de s’en défaire.
[187] Rappelons que le socialisme et le communisme sont des idéologies supportées par une doctrine très codifiée, avec ses mots et
ses expressions, alors que le capitalisme n’en a aucune, puisque par essence, le capitalisme n’est pas une idée politique, mais le simple
laisser-faire des individus et de la masse de ceux-ci. Karl Marx se trouva d’ailleurs obligé de se faire l’inventeur du mot « capitalisme »
pour désigner ceux qu’il tenait pour ses ennemis pour cette seule dernière raison, et il en fit le titre de son célèbre essai Das Kapital,
pour mieux en promouvoir l’usage.
[188] L’acteur belge Jean-Claude Van Damme surprit un jour son auditoire en répondant à une interview en français avec un fort
accent américain. Ce cas n’est pas isolé ; il doit sans doute plus à un fort désir de s’intégrer dans le pays d’accueil et de revendiquer plus
ou moins consciemment cette nouvelle identité, qu’à une forme de snobisme stupide. Similairement, et notoirement, pratiquement toutes
les personnalités politiques françaises conservent un fort accent français lorsqu’elles ont à s’exprimer en anglais, même lorsqu’elles
maitrisent parfaitement cette dernière langue ; là encore, ils’agit de l’expression d’une revendication identitaire très forte, et parfois aussi
de la crainte d’un éventuel ostracisme de la part de leurs compatriotes au motif de ne pas l’avoir fait, voire d’une éventuelle accusation
de faiblesse par conformisme culturel à l’autre groupe, suivie d’une suspicion quelconque.
[189] Courrier neuchâtelois, Les Neuchâtelois perdent l’accent, Patrick Di Leonardo, 20 fév. 2013.
[190] Cette influence n’est pas accidentelle, puisqu’elle n’est pas imputable à un inévitable débordement de zone de couverture
géographique de télévision par satellite, mais bien par le câble et par l’ADSL.
[191] Ces influences politiques, pour l’essentiel, consistent en des actions de lobbying pour modifier les lois et décrets locaux suisses,
dans le but d’assouplir les conditions d’accès au travail frontalier d’origine française et à l’immigration depuis la France, voire à tenter de
faire voter des crédits par la Suisse pour construire de nouvelles lignes de chemin de fer transfrontalières entre ce dernier pays et la
France.
[192] Points de ventes culturels (livres et musique) qui se présentent sous différentes enseignes (françaises, et suisses dont les
capitaux sont détenus par des éditeurs français), tous lourdement déficitaires depuis plusieurs années.
[193] À lire ou a relire, et à prendre très au sérieux, Astérix – La Zizanie, Dargaud éd., 1970 ; un excellent ouvrage d’initiation à
l’action d’influence, la désinformation, l’intoxication et l’agit-prop.
[194] Le lecteur pourra étendre l’analogie de la maison au pays en général, s’il le désire ; elle fonctionnera toujours aussi bien.
[195] C’est arrivé à Gutave Flaubert, lorsqu’il fit publier Madame Bovary, et à Charles Baudelaire lorsqu’il fit publier Les Fleurs du
mal. Précisons que ni l’un ni l’autre de ces deux célèbres écivains n’était un agent d’influence.
[196] Le cas de ce genre le plus récent, et peut-être le plus visible de l’histoire de la propagande, fut celui d’un pays européen dans
lequel fut édité, et aussitôt traduit dans plusieurs langues, un livre qui présentait l’attentat du 9 septembre 2001 aux États-Unis comme
une conspiration du gouvernement américain visant à justifier l’intervention militaire en Iraq. Un journaliste-reporter du pays dans lequel
fut édité ce livre, qui était aussi un agent de ses services secrets, se rendit aux États-Unis, plus ou moins officiellement à la demande de
son gouvernement, pour y démontrer que l’accusation était absurde. Des excuses officielles (et officieuses pour « manquement au devoir
d’intelligence domestique ») furent également adressées au gouvernement américain. Mais le mal était fait, et le contenu du livre
calomnieux trouva bien vite quelques caisses de résonnance à l’étranger ; il devint un best-seller. C’était le but de ce stratagème.
L’auteur du livre dut s’affranchir d’une suite en justice, mais la peine fut légère. Ce dernier utilisa d’ailleurs ses gains pour lancer un
media de propagande noire sur Internet diffusant des rumeurs, sa spécialité.
[197] Beaucoup d’entre eux furent enrôlés dans la société secrète dominante du pays, outil indispensable de tout service secret, tant
pour l’usage de l’intelligence domestique que pour l’action clandestine à l’étranger.
[198] Relèvent notoirement de ce dernier cas les cinq tomes de Les Origines de la France contemporaine, par l’historien et
académicien français Hippolyte Taine, qui ne fut plus réédité durant 70 ans ; la traduction du Conte des Deux cités, par Charles
Dickens, quelques romans de Gaston Leroux (à partir des années 1970-80, pour des raisons exclusivement politiques), la nouvelle Les
Eclaireurs, par Arthur Conan Doyle, le Traité de sociologie générale par Vilfredo Pareto (et sa traduction en langue anglaise, Mind
and Society, depuis une cinquantaine d’années), d’autres essais par les historiens et sociologues Gaetano Mosca (Eléments de science
politique, en particulier), Robert Michels et Georges Sorel, La Révolte d’Atlas, par Ayn Rand (durant plus de 50 ans en France), The
Machiavelians, par James Burnham (depuis les années 1980), les traductions anglaises des romans de Jean Lartéguy aux États-Unis, la
version originale en langue française et toutes les traductions du Testament politique de Fréderic II de Prusse (depuis 1925), la
traduction en langue française de The True believer, par Eric Hoffer. Il y en a des dizaines d’autres.
[199] Voir, concernant l’explication de la circulation des élites, l’ouvrage de l’historien et sociologue Vilfredo Pareto, Traité de
sociologie générale, et aussi, Éléments de science politique, par Gaetano Mosca. Ces deux ouvrages sont des bases préliminaires
indispensables à la maîtrise de l’intelligence domestique, de même que, accessoirement, Les Partis politiques, par Robert Michels,
Réflexions sur la violence, par George Sorel, et enfin, le Testament politique de Frédéric II de Prusse (d’où la difficulté que l’on
rencontre à se procurer tous ces textes, complets, aujourd’hui).
[200] Illustrent fort bien cette technique les célèbres albums d’Astérix et Obélix, dans lesquels les lecteurs ont pu reconnaître des
personnalités françaises tels que le présentateur Guy Lux, l’acteur Lino Ventura, et d’autres encore. Mais, tout aussi clairement, le
propos des auteurs de cette collection n’était pas de dénigrer, ni de flatter ; il ne s’agissait que d’une forme de dérision innocente visant
seulement à ajouter un peu d’humour. Seule cette démonstration d’une technique nous intéresse ici.
[201] Les « caricatures de Mahomet » sont une série de douze dessins caricaturaux parus dans le journal danois Jyllands-Posten, le
30 septembre 2005. Celles-ci furent présentées comme des réponses de douze dessinateurs à Kåre Bluitgen, un écrivain se plaignant que
personne n’ose illustrer son livre sur Mahomet depuis l’assassinat du réalisateur Theo van Gogh. Elles furent associées à un article
consacré à l’autocensure et à la liberté de la presse. Ces caricatures provoquèrent l’indignation de communautés musulmanes, et ont été
la cause de manifestations pacifiques ou violentes dans le monde, ainsi que de manifestations de soutien au titre de la liberté
d’expression. L’une des caricatures représente Mahomet coiffé d’un turban en forme de bombe. L’auteur de l’œuvre, Kurt
Westergaard, dément avoir voulu représenter Mahomet.
[202] Un de ces cas fit scandale chez les amateurs de littérature de science fiction. Il s’agissait du roman Révolte sur la Lune, par
l’auteur Robert Heinlein, dont une phrase importante pour la bonne compréhension du texte était, dans la version originale « Un repas
gratuit, ça n’existe pas » (There ain’t no such thing as a free lunch). La traduction française de cette phrase fut changée pour « Un
repas gratuit est supérieur à tout ». Comme cette phrase était également un adage fréquemment utilisé par les économistes américains
depuis les années 1940, les Editions Opta, qui publièrent la première version française de ce livre en 1971, ne voulurent pas la reproduire
telle quelle — par simple zèle politique ou sincère conviction socialiste, on ne sait.
[203] La croissance physique du cerveau accompagne l’accumulation de souvenirs et de savoirs jusque vers l’âge de 20 à 25 ans.
Tous les souvenirs enregistrés durant cette période sont indélébiles chez les individus normaux, parce que, à chacun d’eux correspond
une construction de neurones. Les souvenirs « enregistrés » après cette période de croissance sont plus volatiles, parce qu’ils sont gardés
en mémoire par des neurones déjà existants. Voir : Henri Laborit, La Nouvelle grille, et Jean-Didier Vincent, Biologie des passions, ou
n’importe quel livre universitaire traitant du cerveau en général.
[204] Le sociologue français Gabriel Tarde (1843-1904) fut le premier à avoir compris et expliqué rationnellement ce mécanisme. Il
l’expose, notamment, dans ses essais, Les Lois de l’imitation (1890), et L’Opinion et la foule (1901). La lecture de ces deux ouvrages
est recommandée aux cadres de l’intelligence domestique et de l’influence en France.
[205] Ce phénomène psychologique normal est présenté de manière caricaturale et humoristique tout au long des films d’animation de
la série Toy Story, où les jouets ont des comportements humains et s’identifient complètement aux personnages de fictions dont on leur a
donné l’apparence. C’est exactement ce que nous faisions souvent lorsque nous nous trouvions dans la période préadolescente, en
prenant pour modèles les héros populaires de nos époques respectives. Beaucoup d’adultes continuent à le faire sans même en avoir
totalement conscience. Par exemple : il est fréquent chez les militants syndicaux d’extrême gauche de porter la barbe, une marque
d’admiration inconsciente pour Karl Marx ou pour Lénine. Beaucoup d’individus politiquement orientés à droite portent des bottes
mexicaines et des blousons de style militaire pour s’identifier à leur propre perception de ce qu’est l’américain moyen, ou s’adaptent plus
subtilement à ses usages vestimentaires et corporels. Tous les agents secrets apprennent d’ailleurs à évaluer rapidement les gens
auxquels ils devront avoir affaire sur la base de signes extérieures de ce genre, et, inversement, à tromper leur monde en prenant
délibérément des apparences qui ne correspondent pas à leurs vraies préférences personnelles (beaucoup de policiers en civils le font
aussi ; en France, en portant des sweat-shirts de style anglais ou américain, par exemple). Un agent secret entraîné est capable de
deviner quelles sont les orientations politiques d’une personne simplement en la regardant, et en quelques secondes. La marque
d’ordinateurs Apple avait publié, à ses débuts, une publicité qui exploitait complètement les symboles d’identification par le vêtement et
l’apparence physique, en montrant une photographie de deux paires de chaussures : la première, soulignée de l’acronyme « PC » était en
cuir noir, de style habillé et sobre ; la seconde, soulignée du nom « Apple », était de style mocassin en peau et décontracté, et les lacets
étaient mal noués — énormément de choses étaient ainsi dites à l’aide de seulement deux photos de paires de chaussures, et à la marque
devait être fortement associée une identité sociale. Cette exploitation de l’image et toute aussi remarquablement flagrante avec les deux
marques de poupées rivales, Barbie et Bratz ; les parents quise sentent plutôt à gauche achètent des poupées Bratz à leurs enfants,
quasi-instinctivement ; ceux qui revendiquent une appartenance à la bourgeoisie leur achètent des poupées Barbie. La présence de la
lettre « z » dans le nom Bratz ne doit rien au hasard, puisque celle-ci fut fréquemment utilisée comme signe indicateur d’une orientation
politique à gauche, parce que c’est la dernière lettre de l’alphabet (idée du renoncement de soi au bénéfice de la collectivité, etc.).
[206] On sait depuis maintenant quelques années que les services secrets soviétiques avaient réussi à approcher les Beatles, et les
avaient intéressé à l’Inde, alors alliée de l’Union soviétique, dans l’espoir d’utiliser l’énorme popularité de ce groupe pour promouvoir
auprès de la jeunesse une contre-culture opposée à celle des pays occidentaux.
[207] La CIA et le FBI.
[208] Notons qu’il y eut un précédent à ce mouvement, qui coïncida historiquement avec les débuts de la musique rock’n’roll, en 1952 :
les chanteurs Bill Halley et Elvis furent les détonateurs d’une révolte de la jeunesse contre une Amérique que cette dernière jugeait trop
conservatrice, trop « coincée, » trop conventuelle et plus en phase avec de spectaculaires avancées technologiques et une nouvelle
politique économique basée sur le consumérisme et l’hédonisme, elle-même dûe à un besoin de la population d’oublier la récente
Deuxième Guerre mondiale et ses restrictions. Cet incident fut naturel; il ne devait rien à une action d’influence intentionnelle.
[209] Le rôle du philosophe allemand Herbert Marcuse est controversé à ce propos. Marcuse travailla en effet pour les services
secrets américains dès le début de Deuxième Guerre mondiale, affecté à l’U.S. Office of War Information, où il était tout spécialement
chargé de la propagande noire contre les Nazis. Puis il travailla à l’Office of Strategic Services (OSS) jusqu’en 1945, au moment où cet
organisme fut dissout pour devenir la CIA. À partir de cette dernière date, il fut nommé chef de la section Europe centrale du U.S.
Department of State, qu’il quitta en 1951, juste après la mort de son épouse. Son engagement communiste marxiste commença presque
aussitôt après, durant l’époque où il était devenu professeur de politique théorique à la Columbian University. Mais c’est bien son livre,
Freud, Eros and Civilization, publié en 1955, qui se présentait comme une synthèse de Marx et Freud, qui inspira la révolution sexuelle
et la décadence chez les jeunes américains des années 1960, juste avant le festival de Woodstock puis pendant cette période. D’une
manière générale, Marcuse fut l’un des principaux initiateurs du mouvement de la culture populaire. Certains spécialistes de l’espionnage
disent qu’il fut recruté par les services secrets soviétiques juste après le choc psychologique de la mort de son épouse ; d’autres qu’il se
laissa délibérément recruter pour infiltrer l’appareil clandestin de propagande et de subversion de ce pays, à la demande de la CIA. La
question reste en suspend. Citons également Timothy Leary, dont l’influence demeure peu claire. Andy Warhol (qui avait fait ses débuts
dans la publicité), en revanche, s’inscrivait franchement dans cette action de contre-influence.
[210] Nous étions alors au tout début des années 1970, et c’était déjà trop tard dans le cas de quelques pays européens, dont les
principales vedettes de la chanson avaient presque toutes été discrètement aidées par les services secrets soviétiques, via les partis
politiques de gauche locaux. Beaucoup de ces chanteurs et chanteuses étaient d’ailleurs des sympathisants communistes, dont quelques
uns le revendiquaient ouvertement.
[211] Les acteurs de cinéma et leurs carrières étaient bien encadrés depuis la Deuxième guerre mondiale, mais on n’accorda pas la
même importance aux chanteurs et aux musiciens avant 1971-72, exception faite d’Elvis Presley, dont la popularité et l’attitude sur scène
jugée provocatrice et susceptible de favoriser les atteintes aux bonnes mœurs avait suscité quelques inquiétudes de la part de l’élite
dirigeante américaine. Le film Sweet Smell of Success (titré Le Grand chantage dans sa version française), tourné en 1957 par le
réalisateur Alexander Mackendrick, et avec Tony Curtis et Burt Lancaster dans les premiers rôles, permet d’entrevoir comment se
faisait la sélection et l’isolement des artistes aux États-Unis à cette époque.
[212] Le cas récent de l’exil de l’acteur français Gérard Depardieu en Russie n’est pas vraiment représentatif, en raison de la grande
proximité qu’entretiennent depuis quelques temps de nombreux membres de l’élite culturelle française avec l’élite politique russe, avec
l’assentiment tacite du pouvoir politique français (soirées organisées à Saint-Petersbourg par Vladimir Poutine et quelques oligarques,
soirées sur la Côte d’Azur avec des milliardaires russes…). Dans la coulisse, ni les élites politiques françaises, ni les spécialistes de la
culture des services secrets ne s’en sont plaints ; seules de vagues protestations de forme furent émises. De toute façon, la communauté
française du renseignement a connaissance de bien assez de faits très embarassants pour Gérard Depardieu, concernant certains aspects
de sa vie privée, qui l’auraient aisément dissuadé de partir, mais dont elle n’a pourtant pas fait usage dans son cas.
[213] L’un de ces cas parmi les plus célèbres fut celui du chanteur français Daniel Balavoine qui, le 19 mars 1980, lors d’un débat au
journal de midi sur la chaine de télévision Antenne 2, prit violemment à partie François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti
socialiste, et par la même occasion les journalistes présents sur le plateau, les accusant d’ignorer les problèmes de la jeunesse dans un
monologue resté célèbre. Daniel Balavoine fut instantanément érigé en porte-parole de la jeunesse française de l’époque, ce qui eut pour
effet d’affoler l’élite dirigeante française. Ces dérives politiques des artistes continuent cependant de se produire, et on peut citer comme
exemples récents : le groupe Guns N’ Roses et la chanteuse Lady Gaga.
[214] Ces experts des services secrets consultés sur les questions de l’art sont toujours des psychanalystes.
[215] Le test de Rorschach, ou psychodiagnostic, est un outil clinique de l’évaluation psychologique de type projectif élaboré par le
psychiatre et psychanalyste Hermann Rorschach (1884-1922) en 1921. Il consiste en une série de planches de taches symétriques et qui
sont proposées à la libre interprétation de la personne évaluée. Une fois analysées en profondeur, les réponses fournies serviront à
évaluer les traits, les lignes de force qui organisent la personnalité du sujet.
[216] Témoignage de Michel Sima (1912-1987), sculpteur français et ami de Picasso, recueilli par l’auteur.
[217] En mai 1958, en France, André Malraux fut chargé par le général de Gaulle de créer un sous-secrétariat d’État à la culture,
lequel aurait pour mission d’apporter un peu de sang neuf aux arts français. Malraux, se mit à la recherche d’une future star de l’art
contemporain pour la France, et il rencontra tout d’abord le sculpteur Jean Tinguely ; il lui proposa d’incarner l’art contemporain français.
Mais Tinguely lui répondit : « Mais, Monsieur ; je suis suisse ! ». Malraux se tourna alors vers Picasso qui accepta. Claude Mollard, Le
5
e pouvoir – La Culture et l’État de Malraux à Lang, Armand Collin éd., 1999.
[218] Plus précisément, c’est l’arche qui a été choisie pour remplir ce rôle de symbole, mais tous les ponts n’ayant pas forcément la
forme d’une arche, on étendit le concept aux ponts en général. L’idée vint même de l’étendre à l’art roman, en raison des arches
typiques de son architecture ; un historien aurait pu se charger de prétendre que l’arche romane devait à une symbolique quelconque, et
non à un simple état des techniques de contruction de l’époque. Cependant, l’idée ne plut pas beaucoup, en raison de l’étroite association
de l’art roman avec la religion chrétienne.
[219] L’utilisation des images subliminales fut expérimentée dans le cadre de recherches en publicité, pour voir s’il était possible de
faire augmenter ainsi la consommation de boissons et de pop-corn dans les salles de cinéma. Ces expériences donnèrent lieu à des
résultats qui ne furent pas jugés probants. D’autant plus qu’il était beaucoup simple de passer un petit spot pub juste avant la projection
du film ! En 1988, en France, une image subliminale devant favoriser la réélection du président sortant, François Mitterrand, fut glissée
dans le générique du journal d’information de la chaine de télévision France 2. Cependant, les résultats connus de l’emploi de cette
technique disent que cette tricherie n’a certainement pas pu influencer des électeurs, ou alors en quantités de voix qui ne pouvaient être
déterminantes de toute façon.
[220] Mention spéciale pour ce film, en raison de la grande complexité de son message caché derrière l’apparence d’une comédie
familiale ; il faut le regarder plusieurs fois et être attentif à tous les détails pour bien le comprendre ; et encore, une solide culture du
monde des services secrets est indispensable à son décryptage.
[221] Mention spéciale pour ce film, dont plusieurs figurants sont d’authentiques cadres et analystes des services secrets français,
encore en activité à l’heure où ce livre est écrit.
[222] Mention spéciale pour Destination danger, dont le premier rôle fut tenu par Patrick McGoohan, qui fut un authentique agent
secret britannique, et le réalisateur de la célèbre et magistrale série TV sur le thème des services secrets, Le Prisonnier, fort chargée en
symboles et doubles-sens cryptés.
[223] Mention spéciale pour The Matrix qui présente, sous les apparences d’un film fantastique et employant de nombreuses
métaphores, le recrutement d’un agent de nationalité américaine par les services secrets russes (SVR). L’« agent Smith », le
« méchant » de l’histoire, présente beaucoup plus clairement le FBI, évidemment montré sous son jour le plus sombre. Ce film, et les
suivants de la série, insistent beaucoup sur l’anti-consumérisme et sur la critique de la société américaine, ce qui explique la présence de
son titre dans la liste des films de propagande politique. Il semble évident que les réalisateurs de ce film ont eux-même manqué de
comprendre un aspect de la seconde lecture de leur scénario, qui a donc pu leur être anonymement et astucieusement suggéré s’ils n’ont
aucune culture de l’approche russe du monde du renseignement et de quelques-uns de ses symboles. Par exemple, la vie de l’agent
secret russe Vladimir Gureyev (planté aux États-Unis avec la fausse identité de Richard Murphy et arrêté par le FBI en 2010) est
pratiquement un remake de celle de Neo dans The Matrix.
[224] Mention spéciale pour la série des James Bond 007, en raison de sa fréquente récupération par les services secrets de plusieurs
pays à des fins de recrutement, sous un faux drapeau ou non. De plus, les services secrets britanniques, eux-mêmes, en arrivèrent à
déplorer la manière dont James Bond présente le travail du renseignement, totalement fantaisiste, car ils furent continuellement inondés,
durant de nombreuses années, de candidatures spontanées de jeunes citoyens britanniques qui espéraient réellement obtenir d’une
carrière au MI6 une belle voiture de sport, des aventures avec de jolies filles et un permis de tuer ! Aujourd’hui, au MI6, personne ne
veut plus entendre parler de James Bond. Cependant, Skyfall, le dernier épisode de cette série, a été marqué par une indiscutable
volonté de montrer l’agent secret, et les services secrets en général, d’une manière plus proche des réalités, même si la présence
d’inévitables scènes d’action fantaisistes brouille encore cette présentation. Aussi, une seconde lecture de plusieurs films de James Bond
révèle des sujets très sérieux en rapport avec la géopolitique.
[225] L’incitation à la candidature dans les services secrets, ou la préparation à un recrutement, concerne assez régulièrement des
individus assez jeunes, ainsi que cela a été expliqué dans un chapitre précédent. Citons comme exemple particulièrement remarquable et
très récent, le cas d’un cadre régional des services secrets d’un pays d’Europe de l’Ouest qui a commencé à préparer son fils à une
carrière d’agent secret dès l’âge de 14 ans, avec une initiation au parachutisme, des cours de piratage informatique et de manipulation
d’armes et d’explosifs, et aussi de manipulation d’individus assorties de véritables missions de recrutement au lycée pour terrain de
formation et d’entrainement ! Cet enfant se gavait littéralement d’une imagerie tirée des films de James Bond. Précisons que ce cas,
relevant d’un inquiétant fanatisme et d’un manque de responsabilité paternel ahurissant, est tout de même exceptionnel.
[226] La récente version cinématographique de ce récit, portant le même titre, est bien tournée mais toujours inférieure à la série
télévisée de la BBC, qui est un chef-d’œuvre du cinéma d’espionnage du point de vue des professionnels.
[227] Cette affirmation tranchée est justifiée par le fait que tout immigrant doit respecter les cultures et usages du pays dont il requiert
l’hospitalité ; au-delà d’une loi, il s’agit d’une question de bon sens et d’éducation élémentaires. L’immigrant qui prétend s’affranchir de
cette règle au mépris de l’hospitalité qui lui est offerte est un agent d’influence étranger de fait, et il doit être traité comme tel.
[228] En France, par exemple, une action d’influence domestique noire par l’usage d’une onomatopée récupérée et détourné de son
sens original pour la circonstance, « bling-bling », fut destinée à influencer les masses pour que celles-ci associent le sentiment de
culpabilité au fait de porter des objets implicitement présentés comme des symboles de l’argent et du consumérisme. Dans ce cas précis,
les media firent caisse de résonnance des milliers fois durant plusieurs années, au point que « bling-bling » est entré dans l’usage
courant comme une expression discriminatoire politique.
[229] Ce cas a réellement failli se produire dans un pays d’Europe de l’Ouest ; seule l’action de l’intelligence domestique a pu
l’empêcher. Il ne faisait pas l’ombre d’un doute qu’une telle mode aurait été exploitée par certains jeunes pour remplacer le pistolet en
plastique par un vrai, au nez et à la barbe de la population et des forces de l’ordre.
[230] Grâce à quelques chercheurs, dont l’un d’eux (qu’il n’est pas possible de nommer ici pour d’évidentes raisons) est un
psychosociologue spécialisé dans l’étude des « styles de vie » de la société et un spécialiste du marketing. Il conseille également, depuis
quelques années, les services secrets de son pays à propos de l’impact sociologique des nouvelles technologies de la communication et du
numérique, et tout particulièrement celui de l’Internet.
[231] Traduction du hongrois :Judith et Pierre Karinthy.
[232] Il vaut d’être mentionné, en particulier dans un livre tels que celui-ci, que Frigyes Karinthy fut également l’inventeur d’un
concept non-moins intéressant, connu depuis sous le nom des « six degrés de séparation », et pour lequel plusieurs services secrets
occidentaux manifestèrent le même intérêt. Le concept des six degrés de séparation, également nommée théorie des 6 poignées de
main, est une théorie que Frigyes Karinthy établit également en 1929, laquelle évoque la possibilité que toute personne sur le globe peut
être reliée à n’importe quelle autre, au travers d’une chaîne de relations individuelles comprenant au plus cinq autres maillons. Avec le
développement des technologies de l’information et de la communication, le degré de séparation de Karinthy a été mesuré de 4,74 sur
le réseau social Facebook à 6,6 sur l’échange de plusieurs milliards de messages instantanés étudiés en 2008 par Eric Horvitz et Jure
Leskovec, chercheurs chez Microsoft, en analysant des discussions de Windows Live Messenger. Cette théorie fut reprise en 1967 par
Stanley Milgram (autre célèbre chercheur célèbre pour son expérience de Milgram) à travers « l’étude du petit monde ». Cette théorie
peut se démontrer de nos jours avec le site Facebook, qui met en évidence les liens que nous avons avec les autres, et les liens que nous
avons avec des personnes que nous ne connaissons pas (amis de nos amis). Elle est encore plus manifeste sur LinkedIn, qui signale le
degré de séparation entre deux individus, ainsi que les « chemins » possibles qui relient un individu à un autre à travers leurs réseaux
relationnels respectifs. Les services secrets utilisent aujourd’hui le concept des six degrés de séparation pour arranger des ouvertures de
contacts discrètes devant paraître fortuites, et organiser des réseaux d’influence et la « remontée d’information » dans le cadre de
l’intelligence domestique.
[233] Ceci a été présenté et expliqué par le sociologue français Gabriel Tarde (1843-1904). Lire, par cet auteur, Les Lois de
l’imitation (1890) ; L’Opinion et la foule (1901).
[234] Dans les faits, et dans le cas de quelques pays en particulier, ces nouvelles séries télé policières visent à inciter le jeune public à
la prise de contact avec les services de police, dans l’espoir d’y tenter une carrière. Et l’argument a d’autant plus de force lorsque le
chômage et les incertitudes économiques et sociales sont grands. Lorsque ces conditions sont réunies, la police est alors perçue comme
un refuge très attractif fortement susceptible de procurer une sécurité sociale et économique (exploitation du sentiment d’insécurité).
Comme les services de police ne peuvent répondre favorablement aux nombreuses candidatures quisuivent toujours la multiplication et la
promotion de ces séries télé (et des nouveaux reportages, également promotionnels), les recrues sont :soit embauchées mais ne resteront
que peu de temps parce qu’elles découvriront un univers professionnel et des tâches trop différents de ce à quoi elles avaient cru, soit
elles sont invitées à devenir de simples informateurs de police clandestins parce qu’elles ne font pas l’affaire (offre qui est bien souvent
acceptée, dans l’espoir que cela favorisera un accord ultérieur en échange des services rendus gratuitement, au seul motif du civisme).
[235] Ces séries sont d’ailleurs bien souvent produites grâce à des fonds et des aides publiques versés directement, ou par
l’intermédiaire de sociétés de production audiovisuelles filiales de chaînes de télévision d’État.
[236] La police, tout comme les services secrets d’à peu près tous les pays, déploient depuis quelques années d’importants efforts pour
recruter des femmes. Ceci parce que nous avons tendance à moins nous méfier d’un interlocuteur femme, voire à nous confier plus
facilement à une femme, populairement jugée plus « compréhensive », plus « humaine », plus « altruiste » et plus intuitive que l’homme.
Dans les faits, cependant, il a été constaté, par le recours à la statistique, que les peines prononcées par les tribunaux dont les jurys sont
majoritairement constitués de femmes sont toujours plus lourdes que celles ayant impliqué des jurys majoritairement composés
d’hommes. La femme se montre souvent plus dure, plus persistante et plus efficace, et surtout plus zélée, que l’homme dans les métiers
et activités de l’ordre et de la justice, ce qui fait d’elle une recrue largement aussi recherchée que ceux-ci depuis quelques années.
[237] La série télé Dr House est, bien sûr, la plus représentative de cette nouveauté.
[238] La prise en charge des handicapés pèse lourdement dans les budgets de santé, parce que celle-ci est presque toujours totale et
peut impliquer l’emploi d’au moins une personne pour s’occuper d’une autre.
[239] La série Plus belle la vie se déroule dans la ville de Marseille, particulièrement touchée par une criminalité importante et une
forte immigration des pays d’Afrique du Nord largement illettrée et non-qualifiée. Ces faits ont eu pour conséquence une dégradation
générale préoccupante de sa qualité de vie qui fait progressivement déserter Marseille par sa population intégrée, ce qui la transformera,
à terme si rien n’est fait, en une zone noire de non-droit et en un important foyer d’émeutes et de révoltes populaires (en attendant, on
tolère très officieusement une relative permissivité de l’économie illégale dans les cités sensibles de cette ville, parce que celle-ci y
prévient les émeutes et autres débordements populaires, jugés beaucoup plus préoccupants et difficiles à contrôler que le trafic de
stupéfiants, parce qu’ils contamineraient innévitablement d’autres masses de mécontents beaucoup plus largement représentés, tels que
les chômeurs). C’est pourquoi cette série vise également à inciter les autochtones des autres grandes villes, plus au Nord du pays, à y
migrer, et ainsi à tenter rétablir la balance entre populations « à risques » et citoyens ordinaires intégrés dans le tissu économique légal
(on remarque qu’aucun des héros de cette série n’a l’accent marseillais, très typique, ce qui n’est pas anodin puisque les acteurs qui ne
l’ont pas aurait facilement pu l’imiter).
[240] Un exemple relevant de ce cas a été présenté et expliqué dans un chapitre précédent.
[241] Les professionnels du renseignement auront relevé, en particulier : caméras miniaturisées (dont fibre optique), équipements de
vision nocturne, techniques de manipulation, infiltrations, vols de documents confidentiels.
[242] Par « très populaire », les professionnels des media entendent une part d’audience moyenne minimum de 20%.
[243] On peut dire que, historiquement, l’introduction de la désinformation et du parti-pris dans le reportage journalistique audiovisuel a
été le plus fréquemment utilisée dans le contexte du conflit israélo-palestinien, à la faveur d’un camp comme à celle de l’autre.
[244] La guerre du Vietnam fut le dernier conflit lors duquel l’accès et le travail des journalistes n’était quasiment pas contrôlé ; les
Américains, en particulier, payèrent cette négligence au prix fort.
[245] Lancement du premier satellite de télévision européen, le 26 avril 1982, Sky1, par Satellite Television Ltd , qui transmit sur toute
l’Europe, à partir de 1984, la chaîne de télévision Sky Channel.
[246] Il est bien entendu que la retransmission de programmes de télévision par satellite apparut bien avant 1984, mais les émissions en
provenance de ces satellites étaient alors retransmises par des réseaux hertziens puis par ceux du câble, alors sous contrôle des États.
C’est la possibilité pour les individus d’acquérir leurs propres antennes et leurs démodulateurs individuels, à un prix relativement
accessible, qui fut réellement nouvelle à partir des années 1980.
[247] Le magnat de la presse Rupert Murdoch fut particulièrement visé par ces rumeurs dans plusieurs pays d’Europe, et accusé à
demi-mots de faire de la propagande sous la direction de la CIA.
[248] Le gros avantage (ou l’inconvénient, selon le point de vue) de la diffusion d’information et de culture par le moyen du satellite
géostationnaire, et qu’il n’est techniquement pas possible de circonscrire l’émission de ses ondes à l’intérieur d’un territoire en particulier.
Ainsi, un satellite qui émet en direction de l’Allemagne, par exemple, émettra forcément aussi dans les pays qui lui sont voisins. Cette
contrainte fut d’ailleurs souvent brandie comme une excuse devant prévenir les accusations de propagande.
[249] L’action des services secrets français contre le cinéma américain consiste, pour l’essentiel en des tentatives récurrentes
d’influence dans le milieu du cinéma américain, à Hollywood en particulier : tentatives d’achat de la Metro Goldwyn Mayer (MGM) en
1990, avec l’aide de la banque Crédit Lyonnais et la complicité du financier américain d’origine arménienne Kirk Kerkorian (dont le
nom revient d’ailleurs souvent dans des opérations aux États-Unis, et ailleurs, impliquant la France et la Russie) ; de Universal Pictures
en 2000, par la société Vivendi et à la suite d’un jeu de fusions/acquisition passant par le Québec (Seagram Company Ltd). Ce sont des
avocats spécialistes de la finance (dont un expert en particulier, spécialiste reconnu des opérations de fusions/acquisitions) employés à
temps plein des services secrets français qui élaborèrent ces stratégies et montages.
[250] IP (Internet Protocol), est un numéro d’identification qui est attribué de façon permanente ou provisoire à chaque appareil
connecté à un réseau informatique utilisant l’Internet Protocol. Typiquement, une adresse IP est composée d’une suite de groupes de
numéros du genre : 172.16.254.1 (adresse de type IPv4). Consulter le site Wikipedia en utilisant l’expression clé « Adresse IP » pour en
savoir plus.
[251] Par exemple : la même adresse a-t-elle été utilisée ailleurs, et, dans l’affirmative, sur quels types de sites traitant de quels sujets,
etc., etc. Au gré des informations récoltées, un profil de l’auteur est simultanément établi, et celui-ci aidera à faire progresser
l’investigation, à savoir où chercher et que chercher.
[252] En gros car cette explication serait très technique sinon, une adresse MAC (Media Access Control) est un identifiant
d’ordinateur. Tous les ordinateurs du monde ont chacun leur propre adresse MAC, semblable à nulle autre. L’adresse MAC d’un
ordinateur est physiquement inscrite dans la carte réseau d’un ordinateur, et donc elle ne peut être changée, en théorie. Mais il existe
des programmes informatiques qui peuvent simuler des adresses MAC différentes, et ainsi tromper une tentative d’identification. Pour en
savoir plus, consultez Wikipedia, en tapant le mot clé « Adresse MAC ».
[253] Ces attaques peuvent servir des objectifs très divers : avertissements adressés à des pays (dont les services secrets et
diplomatiques ne sont jamais dupes), test d’efficacité de serveurs informatiques particulièrement protégés contre les intrusions (en
prévision d’une possible attaque plus sérieuse dans le futur, donc une « manœuvre » visant à évaluer la défense de l’ennemi), tentatives
de découragement ou d’intimidation de sociétés privées (« warnings »), et, bien sûr, tentatives de vol de données.
[254] Il est possible d’obtenir un historique des premières utilisations du hacking par les services secrets soviétique et ceux de quelques
pays du bloc de l’Est du temps de la Guerre froide, en cherchant sur l’Internet avec le mot clé « Chaos computer club » (CCC). À titre
anecdotique, quelques recherches permettent de découvrir que le célèbre hacker australien, Julian Assange, alors qu’il était jeune et
encore à ses débuts dans le hacking, est très vite entré en contact avec des hackers allemands et des réseaux de hackers impliqués dans
l’espionnage de sites de la défense américaine. Julian Assange fut bien vite repéré par divers services de contre-espionnage occidentaux,
en partie parce que sa mère s’était déjà elle-même beaucoup impliquée dans des actions militantes anti-nucléaires en Australie, initiées
par le « Département D » du KGB (mesures actives). Voir le chapitre Du contre-espionnage à l’intelligence domestique.
[255] C’est plutôt affaire du choix de la politique intérieure décidée par l’élite dirigeante. Plus cette politique est perçue comme
oppressante par la population, et plus nombreuses seront les formes de contestations. Plus nombreuses seront les contestations de la
population, et plus pressante sera la surveillance domestique pour maintenir l’élite dirigeante au pouvoir, et plus nombreuses encore seront
les formes de contestation. Ils’agit d’une spirale infernale du même type que celles qui ont touchées les États démantelés par ce que l’on
a appelé le « Printemps arabe ».
[256] Dans le cadre d’une mission de contre-influence qui s’est réellement produite, il y a quelques petites années, mais qui ne
concernait pas un véritable agent d’influence étranger cependant, des agents de la contre-influence qui s’étaient tous identifiés avec des
noms à consonance arabe avaient littéralement envahi la page Facebook du suspect, et ceux-ci s’adressaient tous à lui d’une manière
ambigüe qui pouvait facilement laisser croire à des gens ordinaires qu’ils lui envoyaient des messages en langage codé. Le suspect,
déconcerté, ferma bien vite sa page Facebook, et on n’entendit plus parler de lui.
[257] C’est en cette occasion que l’auteur d’un site ou d’un forum politique ou religieux doit comprendre, sans pouvoir le prouver pour
autant, qu’il est étroitement surveillé par des gens puissants et disposant de moyens techniques importants, et cela vise également à le
dissuader de poursuivre ses activités. Ils’agit d’actions d’intimidation et de découragement, voire de harcellement.
[258] Ces pannes provoquées peuvent être très variées : remplacement d’une ressource essentielle du système d’exploitation de
l’ordinateur par une autre ayant des fonctions particulières, et qui sera effective après son prochain redémarrage ; désactivation
immédiate ou programmée des ventilateurs de refroidissement du processeur et de la carte graphique, ce qui produira plus ou moins
rapidement une surchauffe fatale de ses composants informatiques ; programmes provoquant un travail anormalement élevé du disque
dur et pouvant entraîner ainsisa destruction à terme. Il existe d’autres subtilités techniques.
[259] Le journaliste grand reporter, essayiste et également grand connaisseur des services secrets, Jean Guisnel, a écrit un essai
spécifiquement dédié à la guerre de l’Internet, titré Guerres dans le cyberespace (paru en 1995), dans lequel il traite abondamment du
cryptage et du décryptage informatique, et de la position des gouvernements et des services secrets par rapport à cette question.
[260] Le Service Fédéral de Renseignement (Bundesnachrichtendienst, BND) est le service de renseignement extérieur du
Gouvernement fédéral allemand, placé sous la tutelle du Chancelier fédéral. Il a un rôle similaire à celui de la CIA aux États-Unis, du
MI6 en Angleterre ou de la DGSE en France.
[261] Le nombre de virus informatiques créés pour attaquer spécialement le système d’exploitation Microsoft Windows et ses
logiciels compatibles s’élève aujourd’hui à plusieurs centaines de milliers, sans compter leurs dérivés et évolutions.
[262] Un bot informatique est un agent logiciel automatique, ou semi-automatique, qui interagit avec des serveurs informatiques. Un
bot se connecte et interagit avec le serveur comme un programme client utilisé par un humain, d’où le terme « bot », qui est la
contraction (par aphérèse) de « robot ».
[263] L’Intranet est un réseau informatique utilisé à l’intérieur d’une entreprise ou de toute autre entité organisationnelle utilisant les
techniques de communication d’Internet (IP, serveurs HTTP). Dans les grandes entreprises, l’intranet fait l’objet d’une gouvernance
particulière en raison de sa pénétration dans l’ensemble des rouages des organisations.
[264] Le lecteur qui a regardé le film La Recrue, se souvient peut-être qu’une employée qui travaille au quartier général de la CIA
subtilise, à un moment de l’histoire, des données informatiques depuis son propre poste informatique, qu’elle stocke sur une clé USB
ensuite dissimulée dans le fond d’un gobelet à café thermos. C’est impossible dans la réalité, en raison de ce qui vient d’être expliqué ;
mais cela illustre fort bien ce que redoutent également les services secrets, lorsqu’ils condamnent les prises USB des ordinateurs de leurs
employés.
[265] Définition du mot « service secret » par le site encyclopédique Wikipedia, à la date du 27 février 2013.
[266] Les définitions « soldat de l’ombre » et « combattant de l’ombre » ont également été utilisées, tout aussi fréquemment ; elles n’en
sont pas moins recevables, car leurs cas ne relèvent que de changements de synonymes, souvent issus de traductions et interprétations
de textes rédigés dans des langues étrangères.
[267] La traduction exacte, extraite de l’essai De la Guerre, est « La Guerre n’est qu’un prolongement de la politique par
d’autres moyens » (Der Krieg ist eine bloße Fortsetzung der Politik mit anderen Mitteln). Clausewitz, tout comme ses traducteurs,
plaçait systématiquement une capitale au mot Guerre, parce qu’il la considérait comme un art noble.
[268] John Fortescue, A History of the British Army, in XIII vol. successivement publié de 1899 à 1930, Macmillan & Co. éd.,
Londres.
[269] Cela fit une armée de 300 000 hommes au début, puis l’armée professionnelle et les jeunes célibataires formèrent un corps
annoncé de 1 500 000 hommes, quoique la réalité devait plutôt être de l’ordre 800 000 hommes, environ.
[270] Il est ici fait allusion, en particulier, aux écrivains français « Paul D’Ivoi » (le nom de plume de Paul Deleutre, son vrai nom) et
Gaston Leroux, et britannique Rudyard Kipling, qui furent les premiers à publier des romans d’espionnage, et qui furent tous les trois des
agents secrets au service de leurs pays respectifs.
[271] Certains professionnels de l’espionnage préfèrent parler d’« organisation underground ».
[272] L’Internationale communiste, abrégée en IC, dite également Troisième Internationale, ou Komintern d’après son nom russe
Коммунистический интернационал (Kommounistitcheskiï internatsional), est née d’une scission de l’Internationale ouvrière réalisée
le 2 mars 1919 à Moscou, sous l’impulsion de Lénine et des bolcheviks. L’Internationale communiste regroupa les partis communistes
qui avaient rompu avec les partis socialistes de la II
e
Internationale. L’Internationale communiste représentait durant la première partie
du XX
e
siècle, à l’échelle internationale, la mouvance communiste alignée sur l’URSS. La Troisième Internationale était dirigée par le
Parti communiste de l’Union soviétique, bien que ce dernier entretînt toujours la fiction qu’il n’en était qu’une section parmi d’autres. Elle
était théoriquement sans rapport avec l’État soviétique, bien qu’elle fût de plus en plus mise par Staline au service des intérêts de ce
dernier. Si les directives étaient élaborées à Moscou, la plaque tournante du Komintern était Berlin jusqu’à l’avènement d’Hitler en 1933,
puis Paris (extrait de Wikipedia, Komintern).
[273] Lire à propos du rôle du Komintern dans l’espionnage et la subversion durant la Guerre froide, l’essai très documenté de David
McKnight, Espionage And The Roots Of The Cold War : The Conspiratorial Heritage. London : Frank Cass, 2002.
[274] Dr Paul Bloom, Introduction to psychology (traduction en langue française de l’auteur), Yale University, janvier 2007.
[275] Déjà cité.
[276] Interview de Pierre Siramy par l’animateur Karl Zéro sur la chaîne Canal+, 2010.
[277] Interview de Pierre Siramy sur la chaîne Darna TV, 2010.
[278] L’Okhrana, abréviation d’Okhrannoye otdeleniye (en russe : Охранное отделение « Section de sécurité »), était la police
politique secrète de l’Empire russe à la fin du XIX
e
siècle et au début du XX
e
siècle. L’Okhrana avait notamment développé un grand
savoir-faire dans la spécialité du noyautage des partis et factions politiques, qu’elle transmit aux services secrets du nouveau régime
communiste.
[279] Les services secrets de l’Allemagne de l’Ouest furent tout d’abord une organisation secrète informelle placée sous la tutelle des
forces américaines et appelée « Organisation Gehlen », et agissant avec la couverture officielle d’une entreprise privée, la South
German Industrial Development Organization. Ce n’est qu’en 1956 que l’Organisation Gehlen fut rendue à la tutelle complète du
nouveau gouvernement Ouest-Allemand, lequel en fit ses services secrets officiels, sous le nouveau nom de BND
(Bundesnachrichtendienst ; Service fédéral de renseignement) qui lui est resté jusqu’à ce jour.
[280] Zbigniew Brzezinski, The Choice: Global Domination or Global Leadership. Basic Books. 2004, p. 171 (traduction de
l’auteur).
[281] De tels cas de personnes qui accédèrent à de hautes responsabilités dans des gouvernements, et qui furent cependant des agents
de services secrets étrangers avant leurs nominations ont existé ; certains de ces dirigeants et élus existent encore actuellement dans
quelques pays, et la révélation de leurs collaborations passées avec les services secrets de pays étrangers a même parfois été portée à la
connaissance du grand public. Des sanctions furent parfois infligées contre ces personnes, ainsi que l’on pourrait s’y attendre.
Étonnamment, l’opinion publique ne sembla pas toujours s’en émouvoir outre mesure, en vertu de la simple croyance que « si rien n’a été
fait, c’est qu’il ne pouvait s’agir que de ragots, » alors qu’ils’agissait pourtant bien d’une vérité.
[282] Le 19 septembre 2006, alors que le Premier ministre Thaksin Shinawatra était à New York, à l’occasion de l’Assemblée
Générale des Nations unies, l’armée a pris le pouvoir. Moins d’une semaine après cet évènement, l’armée a déclaré l’« état d’urgence
généralisé ». Dès lors, celui-ci s’est retrouvé appliqué à l’ensemble du pays et non plus seulement aux trois provinces musulmanes du
sud. Des blindés ont entouré les bureaux du gouvernement à Bangkok, et les militaires ont pris le contrôle des chaînes de télévision avant
d’annoncer l’instauration d’une autorité provisoire fidèle au roi de Thaïlande. Le premier ministre Thaksin Shinawatra, déchu, s’est
réfugié à Londres, où il possède une résidence secondaire. Surayud Chulanont, ancien commandant en chef de l’armée, a en effet été
investi en qualité de premier ministre par le roi de Thaïlande. Si son gouvernement ne comporte que deux anciens militaires, sur vingt-six
ministres il est sous le contrôle absolu des généraux de l’état-major. Le gouvernement provisoire a soumis au référendum un projet de
Constitution anti-démocratique visant à limiter le pouvoir des élus au profit de l’armée. Approuvé à hauteur de 56,69 %, il a mené à la
tenue d’élections législatives pour le 23 décembre 2007 suite auxquelles le Parti du pouvoir du peuple (PPP), issu du Thaï Rak Thaï de
Thaksin a obtenu 232 sièges sur 480, à la déception des putschistes. Samak Sundaravej, chef du PPP, a été élu Premier ministre par les
députés (contre Abhisit Vejjajiva le leader du Parti Démocrate soutenu par les généraux), a formé un gouvernement. Le 18 décembre
2008, un gouvernement dominé par le Parti Démocrate et soutenu par les généraux a été désigné par le Parlement, avec Abhisit Vejjajiva
comme Premier ministre.
[283] George Orwell fut, lui aussi, un employé de l’intelligence domestique, britannique et aux Indes dans son cas. C’est de cette
expérience qu’il tira son inspiration de romancier. Du point de vue actuel d’un autre service secret ouest-européen, son recrutement fut
une erreur.