Profils de recrues

Commençant pas le bas de l’échelle, ainsi que nous l’avons fait dans le chapitre titré De la source inconsciente au cadre des services, continuons à respecter cet ordre.

Le petit mouchard peut être n’importe qui, ceci pour d’évidentes raisons. Il suffit simplement qu’il soit amené, ponctuellement ou régulièrement, à avoir connaissance de faits ayant un intérêt plus ou moins grand, susceptibles d’intéresser un service secret au moment présent ou plus tard. Comme ce sera le cas pour tous les autres contacts, agents et employés, il vaut mieux pour cela que le petit mouchard n’ait pas tendance à fabuler, et qu’il soit sain d’esprit ou à peu près (car les services secrets usent fréquemment d’authentiques malades mentaux, dans le cadre de missions de harcèlement, en particulier).

Le contact a le même profil que le petit mouchard, en sus de quoi il doit avoir la capacité d’évaluer (à peu près) l’importance des informations que le petit mouchard peut lui rapporter. Cependant, il est fréquent que le contact du service secret intéresse celui-ci pour un tout autre motif que la collecte d’informations. Il peut, par exemple et pour des motifs au premier rang desquels on trouve la prétention d’un patriotisme ou d’un engagement politique, idéologique ou religieux quelconque, être d’accord pour prêter ponctuellement un matériel qu’il serait coûteux pour le service de devoir acheter pour un usage unique (un véhicule de prestige pour un agent qui devra passer pour un homme d’affaires, une camionnette…).

Par exemple (qui a réellement existé et existe encore aujourd’hui, certainement), un loueur de matériel professionnel vidéo peut prêter sans frais à un agent des services secrets, pour une durée de quelques jours à quelques semaines, un coûteux appareil.

Autre exemple authentique : un constructeur d’avions a prêté ponctuellement un jet d’affaires pour un agent (un « super agent » dans ce cas) qui devait négocier un contrat important dans un pays étranger.

Le contact est, tout aussi fréquemment, un expert dans un domaine précis qui pourra assister un agent au moment d’identifier un matériel, ou évaluer la compétence d’un ingénieur ou chercheur spécialiste d’un domaine très spécifique.

Le contact peut également être une ou un prostitué qui devra tenter de séduire un individu que l’on cherche à soumettre à un chantage (appelé « cible » et non recrue dans ce cas).

Le contact peut être une employée de banque, à laquelle on demandera de faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire fuir un client de son agence.

Le contact peut être un agent d’une compagnie d’assurance, auquel on demandera (exemple authentique) de commettre une erreur au moment de taper le numéro de la rue ou demeure un des ses clients sur le formulaire de proposition de rachat de son véhicule récemment accidenté, à renvoyer rempli et signé, accompagné de la carte grise du véhicule sous 15 jours, sinon la compagnie considérera qu’il souhaite conserver l’épave en l’état pour raison personnelle, etc., etc.

L’agent est un individu qui, souvent, s’est fait recruter parce qu’il avait pour caractéristiques d’être simultanément très intelligent et très vulnérable. Il a une grande intelligence, mais il n’a pas obtenu son diplôme de fin d’études, ce qui fait qu’il ne peut prétendre à un poste pour lequel il a pourtant les capacités requises. Il faut dire que les services secrets l’ont un peu « aidé » à rater ses examens (exemple authentique), durant plusieurs années consécutives ; à la veille de l’épreuve, la première année, il a été victime d’une infection bactérienne qui a nécessité une intervention des urgences hospitalières. À la veille de la même épreuve, l’année suivante, un de ses amis a déclaré qu’il se trouverait fort vexé s’il ne se rendait pas à son repas d’anniversaire ; le lendemain matin, jour de l’épreuve, il était cloué au lit dans un état épouvantable, suite à une intoxication alimentaire. Il a finalement renoncé à entreprendre pour la troisième fois sa première année d’études supérieures. À partir de là, il s’est mis à chercher du travail ; il a aussitôt trouvé un petit boulot payé au salaire minimum dans une entreprise où il s’est fait quelques nouveaux amis : des jeunes à la dérive qui ont eu de la chance d’avoir décroché le même poste dans cette entreprise. C’est à partir de ce moment-là qu’il s’est mis à traîner dans les bars avec eux, et où il a commencé s’exprimer différemment, plus simplement, pour mieux être accepté par ses nouvelles relations.

À ce stade de son existence sans but, on lui a suggéré de faire carrière dans l’armée ; le père d’un de ses collègues de travail, sous-officier de carrière, est alors arrivé à point nommé pour le recommander auprès d’« un service assez excitant où l’on s’occupe de surveillance vidéo ». Après quelques petites années dans l’armée, tout fût fait pour qu’il souhaite en partir. Comme il avait été testé et formé durant sa courte carrière militaire, il a été placé, « par un concours de circonstances diverses », sous la tutelle d’un homme d’âge mûr et fortuné qui est devenu son officier traitant.

L’agent fille a eu un parcours assez similaire à celui de l’agent garçon que nous venons de voir, à quelques détails près (cet autre exemple est également réel). Comme elle a connu quelques problèmes scolaires au tout début de son adolescence, on l’avait dirigée vers une psychologue qui avait établi que cela venait de sa précocité. Son quotient intellectuel s’élevait alors à plus de 150. Lorsqu’elle a atteint l’âge de 17 ans, quelques-unes de ses amies, étudiantes et un peu plus âgées qu’elles, lui ont parlé d’un programme d’échange d’étudiants entre des universités basées dans différents pays, présenté comme « une expérience unique ». Elle s’est inscrite à ce programme et a immédiatement été acceptée. Elle a donc obtenu une bourse d’études devant lui permettre de se loger sur place.

Mais trois mois après être arrivée dans ce pays étranger, les versements mensuels de sa bourse ont été interrompus sans raison apparente. Lorsqu’elle a demandé pourquoi, on lui a répondu qu’il s’agissait d’un simple retard dans les versements, et que l’on ne savait pas quand son compte serait crédité. Entre temps, elle a rencontré sur place un étudiant plus âgé qu’elle de cinq ans ; un personnage très intelligent, très gentil, homosexuel avéré qui s’accepte comme tel (orientation sexuelle importante dans ce cas, puisqu’elle doit prévenir l’éventualité d’une relation affective, préjudiciable à la manipulation). Cet homme lui a fait rencontrer ses amis, lesquels lui ont aussitôt proposé de l’héberger, puisque, ne pouvant plus payer son loyer, elle devait quitter son studio dans quelques jours. Avec ses nouveaux amis, elle a passé des soirées qu’elle a trouvées « excitantes » ; elle s’est mise à fumer du cannabis, comme eux, et à boire des alcools locaux plus que de raison. C’est ainsi qu’elle a finalement cessé de fréquenter l’université. Après quoi elle a trouvé un petit boulot sur place grâce à quelques relations de son ami homosexuel, dans une startup d’import-export créée par des immigrés pakistanais.

Quand elle est revenue dans son pays, près d’une année plus tard, ses parents ne l’ont pas reconnue ; elle était devenue inexplicablement distante et avait désormais tendance à chercher à profiter des autres, y compris de ses parents. Et puis elle a déclaré être lesbienne ; elle vivait d’ailleurs avec une amie un peu plus âgée qu’elle qui partageait son loyer. Elle a rapidement trouvé un petit boulot en intérim, éprouvant et mal payé. Dans le même temps, elle s’est mise à se présenter comme étant d’« extrême gauche », et à participer à toutes sortes de manifestations. Aussi, elle a fait la connaissance d’un jeune homme un peu plus âgé qu’elle, petit génie de l’informatique, qui lui a appris des astuces pour saboter des sites marchands américains ; elle s’est alors mise à passer des nuits entières sur Internet, après être rentrée de quelques bars où elle buvait de la tequila avec ses amies. Peu après cela, la mère de l’une ses amies s’est prise d’affection pour elle. En retour, la jeune fille devenue jeune femme s’est mise à appeler cette femme « sa seconde mère ». Cette femme se présente à la fois comme astrologue et sophrologue, et donc elle lui a régulièrement prodigué, depuis leur rencontre, d’excellents conseils concernant ce qu’elle devrait faire et ne pas faire, qui elle devrait ou ne devrait pas fréquenter, etc. La fille de cette femme est partie poursuivre des études dans une autre ville, très peu de temps après cette rencontre. La jeune fille a finalement appris que l’astrologue-sophrologue n’était pas vraiment la mère de son amie, en vérité (ce schéma du faux lien de parenté est régulièrement utilisé dans le cadre de recrutements et de manipulations) [48].

Ces deux exemples de jeunes, devenus agents des services secrets sans en avoir été vraiment conscients, ont été sommairement présentés à l’aide d’anecdotes authentiques, parce qu’il serait long et compliqué de décrire et d’expliquer tous les détails du processus de leur recrutement, depuis l’angle de vision des services secrets de leur pays. Mais tout ce qui vient d’être expliqué permet de se faire une idée générale assez précise de la manière dont un recrutement d’agent par les services secrets peut être mené.

L’officier-traitant a un profil psychologique typique et très particulier qui le rend apte à faire ce que les services secrets attendent de lui : diriger des agents en les manipulant, c’est-à-dire leur faire accomplir des actes et des missions dont, souvent, ils ne peuvent comprendre la véritable finalité.

Voici un profil d’officier-traitant fictif, cependant inspiré de plusieurs cas authentiques.

Il est issu d’une famille aisée, et il n’a jamais eu à connaître la moindre difficulté pour trouver un travail avant de devenir officier traitant, et d’ailleurs, il a toujours eu de très bonnes places dans diverses grandes entreprises.

Avant de reprendre des études de droit, à l’issu desquelles il a obtenu un diplôme d’avocat, il s’est engagé pour quelques petites années dans l’armée, où on l’a affecté dans une unité d’élite. Là, il a suivi toutes sortes de stages : de tireur d’élite, de manipulation des explosifs, de parachutisme, etc. Puis il a fini sa dernière année d’armée comme secrétaire d’un lieutenant-colonel de la sécurité militaire.

En tant qu’avocat, il s’est essentiellement occupé du droit des affaires, comme employé de cabinets d’avocats. Il a appris toutes les astuces de montages de société offshore, de délocalisations permettant de payer moins de taxes et d’impôts. Il a fréquemment été amené à conseiller des entreprises en matière fiscale, et à élaborer des montages de sociétés-écrans, d’associations, toujours dans le but de faire échapper des bénéfices à la fiscalité, et de fabriquer des activités de couverture pour des cellules clandestines des services secrets de son pays. Il a même aidé à négocier des contrats pour des sociétés du pays en Afrique, et aussi pour des importations de produits industriels en provenance des pays de l’Est. Il a gagné beaucoup d’argent ainsi, et il n’a jamais eu à payer d’impôts sur ses gains dans bien des cas.

Il a beaucoup de relations influentes qu’il fait fréquemment intervenir en sa faveur, ou pour celle d’autres gens qui lui sont utiles d’une autre manière en retour, car il est également un membre influent d’une société secrète bien connue dans son pays. Les relations entre cette société secrète et les services secrets de son pays sont très étroites ; il ne l’a que peu à peu compris, au fil de plusieurs longues années.

On ne connaît aucune attache sentimentale régulière à cet officier traitant, ni aucun ami ; juste des relations, ce qui surprend car cet homme ne semble pas le moins du monde introverti, bien au contraire. Cependant, il s’est fait une réputation de personnage particulièrement rancunier, et les gens qui l’ont connu disent qu’il a fait avoir de gros ennuis à beaucoup de personnes, soit avec la justice, soit avec l’administration fiscale, parfois les deux en même temps.

C’est pourquoi, craignant d’éventuelles représailles, cet officier traitant sort souvent avec un pistolet chargé, sur lui ou dans le vide-poche de sa puissante berline allemande, un haut de gamme de la marque.

Il demeure dans une belle propriété de caractère isolée au milieu de la campagne, laquelle a un mur d’enceinte et est constamment gardée par de gros chiens.

Il a une marotte : la collection de sabres japonais.

Il se rend régulièrement à la capitale pour y rencontrer diverses personnes, ou son « chef », qui, plus exactement, est un intermédiaire entre son chef, cadre des services secrets, et lui.

Détail important de sa vie, il a progressivement acquis des connaissances particulières sur son pays, et sur le monde en général, qui lui ont été présentées comme « secrètes », et qui lui ont été enseignées, pour la plupart, à l’aide de moyens implicites, de non-dits, métaphores et autres doublesens. L’accumulation de ces connaissances, comme autant de « couches de connaissances » qui se superposent, lui a permis d’accéder à ce que les services nomment des « degrés de conscience ». Les degrés de conscience, auxquels doit également accéder un agent, peuvent être décrits comme une capacité, acquise par l’expérience et au contact du milieu des services secrets, à percevoir les visées réelles cachées sous les visées formelles, à deviner les vérités derrière les prétextes, et même à correctement et rapidement suspecter qu’un individu est probablement un agent secret, à partir de la simple connaissance de ses activités professionnelles et de son comportement. Aussi, les degrés de conscience sont autant d’accès à une connaissance, de plus en plus précise et détaillée, de comment fonctionne réellement la politique, c’est-à-dire la realpolitik. Les degrés de consciences sont autant d’avantages qu’a l’homme des services secrets sur l’individu ordinaire, en particulier au moment de manipuler celui-ci.

Cet homme est officier traitant depuis l’âge de 51 ans, c’est-à-dire depuis le moment où il a arrêté de travailler pour vivre de ses rentes, des placements financiers et des appartements qu’il a achetés à très bon prix et qu’il loue. Il est aujourd’hui âgé de 66 ans.

Le chef de service a commencé sa carrière dans les services secrets à un âge relativement jeune, 25 ans, comme simple analyste. Il est issu d’une famille de militaires ; son père a terminé sa carrière comme officier de la marine. Ce chef de service a réellement existé, tel qu’il est ici décrit.

Lui aussi s’est engagé dans la marine, où, après quelques petites années, on lui a proposé, sans ambiguïté aucune, de poursuivre sa carrière dans les services secrets. Il a rapidement été promu, et il a atteint le grade de chef de service à l’âge relativement jeune de 37 ans. Il n’a pas eu à faire beaucoup d’efforts pour se hisser jusqu’à ce poste à responsabilité, pas plus qu’en eurent à faire ses collègues qui n’ont pas été promus comme lui ; il s’est trouvé que ce fut lui qui fut promu plutôt que ses collègues, sans raison apparente.

Ce chef de service est un personnage calme et posé ; il a la tournure d’esprit d’un technicien ; ses subordonnés l’apprécient tous, sans exception. Il entretient des rapports cordiaux avec tous ceux qui ont à l’approcher, mais il évite soigneusement de céder à la familiarité. Il se sent plus proche de ses subordonnés que de son directeur, vraisemblablement parce qu’il a commencé sa carrière à leur
niveau, ce qui lui permet de bien comprendre leurs problèmes et contraintes dont son directeur ne semble rien avoir à faire.

Il pense qu’il ne deviendra jamais directeur, mais il n’en ressent aucune réelle frustration, car il aime bien être au contact de ses hommes tout comme il se passionne pour sa spécialité, et il n’est pas un ambitieux. Il pense qu’il se ne sentirait pas dans son milieu en temps que directeur.

Le directeur de département est un brillant scientifique, à la base : un spécialiste des télécommunications. Il dirige le département du COMINT (surveillance des télécommunications) des services secrets, dans un immeuble qui n’est pas situé dans le quartier général. Son staff administratif et technique dans cet immeuble compte 200 cadres, ingénieurs et employés de bureau divers, sous des activités de couverture d’employés d’une compagnie privée de téléphone et de fourniture d’accès à l’Internet.

Il se passionne pour sa spécialité, au point que quelques cadres des services secrets considèrent qu’il passe beaucoup trop de temps à chercher à résoudre seul des problèmes techniques très complexes, et pas assez à manager son département. Plus inquiétant, selon le point de vue de ces mêmes personnes qui l’observent, il ne semble pas être sincèrement motivé par les aspects stratégiques, politiques et idéologiques de la mission générale des services, ni même y croire.

Il est cependant un homme très apprécié, et surtout très respecté, en raison de ses réelles compétences techniques, par tous les employés de son département qui voient revenir ses avis et recommandations. Mais ces derniers semblent tous bien comprendre qu’il ne fait pas vraiment l’affaire de la direction générale, car quelques employés sont convaincus que les hommes du service de sécurité intérieure surveillent anormalement tout ce qu’il fait, et ont d’ailleurs fait se propager cette impression sous la forme d’une rumeur dans tout le département. Un employé du service de sécurité extérieure a même surpris un soir une conversation à voix basse à propos de cela, et l’a bien sûr rapporté au responsable de la sécurité intérieure pour le département du COMINT.

On n’en est tout de même pas à penser qu’il pourrait peut-être avoir communiqué des informations à des confrères scientifiques du civil ; on considère plutôt que son attitude est dangereuse pour luimême parce qu’elle ne correspond pas à celle des autres directeurs de départements et services.

On pense que le jour de sa retraite est attendu avec impatience par la direction générale et par le service de sécurité intérieure, et qu’il sera probablement remplacé par un militaire qui pourra, enfin, exclusivement s’occuper de diriger le service et laisser les questions purement techniques aux ingénieurs qui sont justement là pour ça.

Ce directeur de département décéda des suites d’un ulcère à l’estomac qui évolua vers un cancer, un peu moins d’une année avant d’atteindre l’âge de sa retraite. Seulement quelques heures après l’annonce de son décès dans un hôpital, un dimanche, un cadre du service de sécurité intérieure se rendit à l’immeuble de la direction du département COMINT, pour y effacer tout le contenu de son dossier personnel de travail sur le serveur informatique de l’Intranet du bâtiment.

Le directeur des services secrets est un officier supérieur de l’armée, avec le grade de général de brigade. Il est lui aussi issu d’une famille de militaires ; son père fut lui aussi général.

Il est diplômé d’une prestigieuse école technique, et il a été un des premiers de sa promotion.

Il était déjà familiarisé avec le sujet du renseignement lorsqu’il fut nommé par le pouvoir exécutif à la tête des services secrets, sur recommandation de l’état-major de l’armée. Cependant, il ne s’était jamais intéressé en particulier au sujet du renseignement jusqu’à sa nomination.

Il est connu comme un personnage plutôt froid et distant, mais comme il s’efforce de s’intéresser du mieux qu’il le peut aux différentes missions des services secrets, cela l’oblige à consulter assidûment les différents directeurs de départements, bien plus que le faisait son prédécesseur issu de la noblesse du pays, lequel était plutôt un homme de la diplomatie, fréquemment en déplacement à l’étranger pour aller y rencontrer diverses personnalités et négocier des accords inter-services secrets.

Comme la plupart de ses prédécesseurs, en revanche, le directeur semble éprouver quelques difficultés à pleinement accepter, et même à comprendre, certains aspects des règles de la promotion dans les services secrets. Or il doit pourtant s’y intéresser plus que quiconque, puisque c’est lui qui doit en valider les propositions. Dans les faits, il s’en remet aux avis du directeur du service de la
sécurité intérieure, lesquels ont, traditionnellement et logiquement, une grande importance — son prédécesseur lui a recommandé, durant la période de passation de pouvoirs, de prudemment accorder la priorité aux avis émis par la sécurité intérieure[49].

Le directeur est amené à rencontrer régulièrement le chef de l’État ; il était âgé de 57 ans au moment de sa prise de fonctions.

L’exemple de ce directeur de service secret est construit sur la base des profils de deux directeurs de services secrets occidentaux ayant réellement existé.